BAMIDBAR / Parachat BEHAÂLOTKHA

BAMIDBAR / Parachat BEHAÂLOTKHA
par Rav Arié LEVY 'Chalita'
Auteur du livre de commentaires
« LE CHANT DE LA VIE »
Maguid Chiôur au Collel francophone
DARKEI AHARON
N°291par Rav Arié LEVY 'Chalita'
Auteur du livre de commentaires
« LE CHANT DE LA VIE »
Maguid Chiôur au Collel francophone
DARKEI AHARON
Nous assistons au chapitre 10 verset 29 à une conversation entre Moché et son beau-père, ‘Hovav, qui n’est autre que Yitro : « nous partons pour la contrée dont l’Eternel a dit : c’est celle-là que je vous donne. Viens avec nous, nous te ferons du bien, car l’Eternel a promis des bienfaits à Israël » Moché dépeint, en termes convaincants, la sollicitude de D’ à l’égard de son peuple et les promesses qu’Il lui a faites, et il ajoute, à la suite du refus de Yitro : « Or, si tu nous accompagnes, ce même bienfait dont l’Eternel nous fera jouir, nous t’en ferons jouir » Sur quels critères Moché s’est-il basé pour promettre à Yitro un bienfait qui consistait en une part du territoire de la Terre d’Israël ? Nous ne trouvons nulle part de dialogue à ce sujet entre Moché et D’ .
Deux peuples se virent refuser la possibilité d’adhérer au Judaïsme, ce sont Ammon et Moav, et la Torah l’explique ainsi (Dévarim 23.5) : « parce qu’ils ne vous ont pas offert le pain et l’eau à votre passage, au sortir de l’Egypte ». En quoi étaient-ils obligés de le faire, au point que leur défaillance à ce devoir humanitaire leur refuse à jamais de s’intégrer au peuple d’Israël par la conversion ? (*) Prenons pour exemple l’Egypte, qui pendant deux siècles a asservi notre peuple et l’a abaissé au rang d’esclaves, l’interdiction de les recevoir dans la Communauté d’Israël se limite à trois générations de convertis seulement. Pourquoi donc Ammon et Moav en sont-ils totalement exclus ?
Nous avons vu (parachat Vayéra) la lutte qu’Avraham engagea dans son dialogue avec D’ pour sauver son neveu Loth de la destruction de Sodome. De Loth naquirent deux fils, Ammon et Moav, qui devaient leur vie à Avraham, père du peuple auquel ils auraient dû, par reconnaissance, assurer le minimum vital de pain et d’eau. De plus, ils ne s’en tinrent pas là, et ils louèrent les services de Bileâm afin qu’il maudisse le peuple élu par D’, auquel ils devaient leur existence.
Nous rencontrons ici une mitsva qu’il nous arrive certainement d’avoir à accomplir souvent et que la Torah vient nous enseigner ici : c’est la gratitude. Lorsque le prophète Yéchaâyahou (Isaïe) réprimanda le peuple, il le fit en ces termes : « un bœuf connaît son possesseur, un âne la crèche de son maître : Israël ne connaît rien, Mon peuple n’a pas de discernement » : si le bœuf et l’âne, d’un niveau inférieur à l’homme dans l’ordre de la Création, savent reconnaître à qui ils doivent leur subsistance, à plus forte raison l’homme qui se situe au sommet des êtres créés, se doit-il d’être capable de reconnaissance à l’égard de celui auquel il doit un bienfait. Celui qui n’en est pas capable ne peut pas faire partie d’un peuple dont tout le service repose sur la gratitude à l’égard de Celui auquel il est redevable d’avoir une âme et qui lui insuffle la vie ! Telle est la raison pour laquelle ces deux peuples ne peuvent pas être accueillis dans la Communauté d’Israël.
Nous pourrons mieux comprendre, à l’appui de ce que nous venons de développer, la conduite de Moché Rabbénou à l’égard de Yitro, qu’il invite à se joindre au peuple juif pour son entrée en Terre d’Israël, et auquel il promet un territoire :
YITRO, qui se rendit auprès de son gendre pour connaître de plus près les grandioses évènements après la libération miraculeuse d’Israël du joug égyptien, assistera au défilé continu devant le Maître, qui pour demander un conseil, qui pour se faire expliquer une halakha, qui pour recevoir une bénédiction. Imaginons la tâche colossale que cela devait représenter, d’accorder à six cent mille hommes attention et dévouement ! Yitro exposera alors l’idée, pour résoudre ce problème et soulager Moché d’une charge surhumaine, « de nommer des chefs de mille, des chefs de cent, des chefs de cinquante et des chefs de dix » . Une pyramide de quatre catégories sera établie, chacune plus qualifiée que l’autre, qui sélectionnera les hommes les plus instruits et les plus intègres de la nation. On choisissait d’abord un homme parmi chaque groupe de mille (soit au total six cents), ensuite un homme parmi chaque groupe de cent (six mille), puis un homme parmi chaque groupe de cinquante (soit douze mille) et finalement, un homme pour chaque groupe de dix (soixante mille), ce qui représentait le nombre de soixante dix huit mille six cents juges, soit une moyenne d’un juge pour sept à huit hommes.
Moché savait que sa proposition ne pouvait qu’avoir l’approbation divine ; lui-même et le peuple entier devaient à Yitro l’organisation de la justice, qui continuera à avoir cours plus tard, quand la juridiction prendra une forme définitive.
Sa conduite, qui était l’expression d’une conscience intègre à l’égard de n’importe quel être humain, devenait ainsi un exemple pour tout le peuple. Déjà, lors des dix plaies qui s’abattirent sur l’Egypte, Moché ne put se résoudre à frapper le Nil pour le changer en sang et il en chargea son frère Aharon, exprimant ainsi sa reconnaissance au fleuve qui l’avait hébergé lorsque Miryam y avait placé son berceau jusqu’à ce que la fille de Pharaon l’en sorte pour l’adopter.
Nos Sages nous ont enseigné : « ne jette pas de pierre dans le puits qui t’a désaltéré ». Ils auraient pu tout simplement nous dire d’exprimer notre gratitude à l’égard de ceux qui nous procurent un bienfait. Mais s’ils nous donnent l’exemple du puits et des pierres, c’est pour nous enseigner que la gratitude doit s’exprimer même à l’égard de la matière inanimée qui n’est dotée d’aucun sentiment, et à plus forte raison devons-nous être vigilants dans l’exercice de cette mitsva quand il s’agit de notre prochain.
La mitsva du ‘héssèd, qui consiste à assister toute personne qui nécessite de l’aide, quelquefois par quelques paroles ou un sourire, a la vertu de rapprocher et d’unir, parce qu’en donnant, on engage une partie de soi-même et on se rapproche de l’objet de notre don, qu’il s’agisse d’un enfant, d’un animal, d’une plante, voire même d’un objet inanimé comme une maison qu’on a construite. L’homme est attaché à ses propres œuvres par des liens d’amour car il se retrouve en elles.
Ainsi, lorsque ‘héssèd et gratitude viennent se compléter et que l’un sert de support à l’autre, se réalise le verset : « Le monde est bâti sur le ‘héssèd »
(*) la guémara Yébamot 76b explique : seuls les hommes d’Ammon et de Moav ne sont pas admis à contracter une union dans la nation. La Torah nous donne la raison de cette interdiction : en n’offrant pas aux juifs épuisés nourriture et boisson, ils ont failli au plus élémentaire des respects humains. Nos Sages remarquent que s’il est normal pour les hommes d’aller au-devant de voyageurs dans le désert, une telle conduite ne sied pas aux femmes. C’est pourquoi les femmes issues de ces peuples sont accueillies comme converties dans la nation juive (Livre de Ruth/Artscroll)
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