mutisme sur la mutation communautaire

Publié le par comité ethique du consistoire - Moshé COHEN SABBAN

 Le consistoire israélite objet des actuelles polémiques est né par un décret impérial du 17 mars 1807. Il fut précédé par une réunion en février 1807 d’un Grand Sanhédrin sous la présidence du rabbin David Sintzheim de Strasbourg, premier grand rabbin de France (1745-1812).

 En disant cela, rien de nouveau ou de surprenant n’est dit, sauf à remarquer qu’au début de ce 19ème siècle Napoléon met en place une représentation communautaire sur la base d’un faux sanhédrin, composé pour un quart de laïcs, qui sont à présent majoritaire dans ce consistoire.

 Rappelons qu’à la suite de la destruction du premier Temple le 9 Av 586 avant notre ère, le peuple juif a appris à vivre sans le temple, et que le 9 av de l’an 70 de notre ère, prend fin la pratique du judaïsme sacrificiel et sacerdotal.

 Dés lors le judaïsme s’exprimera au travers des rabbins qui prennent la place des cohanim, et les sacrifices sont remplacés par les prières dites dans les synagogues. Peu à peu ce judaïsme synagogal et rabbinique fonde la première mutation majeure, qui a permis la survie du peuple juif jusqu’à nos jours, et ne laissa d’autre choix aux juifs que cette identité ou l’assimilation.

 Le fin du 19ème siècle et surtout le 20ème siècle voit la naissance du sionisme. J’entends déjà dire qu’Abraham est le premier sioniste de l’histoire, mais cela à tord car le sionisme politique n’a pas pour objectif de bâtir une république religieuse, avec comme seules lois applicables celles de la Thora. Etant moi-même sioniste religieux je peux le regretter mais c’est malheureusement ainsi. Je renvois au passionnant livre de Monsieur Denis Charbbit SIONISMES textes fondamentaux pour démontrer à quel point la majorité des penseurs du sionisme et les artisans les plus nombreux et efficaces se trouvèrent parmi les juifs non pratiquants, voir des non religieux. C’est entre autres ce qui justifia le rejet du sionisme par nombre d’orthodoxes, qui se rallient aujourd’hui peu ou prou à l’acceptation de cet état et de ses dirigeants.

 Plus encore la production de ce qui concours à la pensée juive, est majoritairement produite par des non-rabbinn. Universitaires et intellectuels religieux ou non produisent beaucoup plus de culture juive que n’en produisent les rabbins de nos jours.

 Les juifs de tous les pays se sentent liés à l’Etat d’Israël, qui est à présent le centre de gravité du peuple juif, et le dénominateur commun, plus que ne l’est la pratique religieuse au demeurant très variable des juifs du monde.

 La santé de « NOTRE Premier ministre » nous inquiète beaucoup plus que pourrait nous inquiéter la santé du grand rabbin d’Israël, parce que les enjeux sont d’une vitalité sans commune mesure. Il ne s’agit pas d’un simple attachement de cœur à Israël, mais d’une identité profonde et nouvelle depuis plus de 60 ans.

 Si la déclaration d’indépendance en 1948 nous a ébranlée jusqu’au fond de nous même, c’est bien qu’elle transfigurait notre identité. Mais plus encore les non juifs ne se trompent pas sur notre attachement identitaire vis-à-vis d’Israël au point que nos collègues de travail nous disent «  alors comment va TON Premier ministre ? ».

 Cet ISREAL juif mais non rabbinique, enclenche une mutation profonde de l’identité juive, au point, où quand il est en danger, 150.000 juifs descendent dans la rue en avril 2001, alors que seuls 6.000 juifs se déplacent pour voter aux élections du Consistoire de Paris.

 La morale de cette affaire est simple. Il y a une autre identité juive que l’identité issue de la pensée rabbinique. Bien que la culture juive soit toujours vivace, la mutation à laquelle nous assistons et qui a commencé voilà plus d’un siècle avec l’apparition d’une identité juive nationale, fondée par les philosophes, les penseurs, et les hommes politiques sionistes, a durablement modifié les aspirations des membres de la communauté.

 En assistant au départ de milliers de juifs de France vers Israël, certains par engagement national-religieux, d’autres par engagement national simplement, il convient d’admettre cette mutation, et de redéfinir les bases institutionnelles de demain, qui ne pourront plus être celle du faux sanhédrin d’il y a deux cents ans.

 Moshé COHEN SABBAN

















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Publié dans JUSTICE

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