A la une : L'Educ-Nat choisit la dhimmitude
Liliane Messika
Dans « éducation nationale », il y a manifestement un mot de trop : « éducation ».
Comme ces républiques qui se privent de toute crédibilité en s’adjoignant des qualificatifs (démocratique, islamique, populaire…), l’éducation nationale perd toute pertinence quand elle fait passer le national, en l’espèce, la raison d’Etat, avant l’éducation, c’est-à-dire l’intérêt des élèves.
C’est ainsi que pour avoir fait passer l’enfant avant l’Etat, le recteur de Lyon, Alain Morvan, est démis de ses fonctions.
Par le Conseil des ministres.
L’affaire doit donc être gravissime : on ne saurait imaginer qu’en cette période préélectorale, les ministres se soucient plus de sanctionner un recteur d’université pour déclaration administrativement incorrecte que de lancer les réformes indispensables pour remettre sur les rails une France qui, chaque jour, régresse dans le classement des pays européens !
Alain Morvan, retenez ce nom car à la Libération de la pensée, si elle intervient un jour, voici un homme qui aura été un résistant de la première heure. Pour l’instant, il reprend sa chaire d’enseignement de l’anglais à l’université qu’il dirigeait jusqu’à ce jour.
Si le Conseil des ministres le juge encore « digne » d’enseigner, c’est que son crime n’est pas inscrit sur son casier judiciaire.
Il n’a donc certainement pas tapé dans la caisse pour s’acheter des souliers sur mesures, pas plus qu’il n’a fait intervenir des leaders terroristes pour délégitimer une démocratie dans l’esprit malléable de ses étudiants (1); il n’a pas dû enchaîner les grilles de son université pour forcer enseignants et élèves à une grève décidée par son syndicat (2), ni suspendre un professeur qui aurait eu le malheur d’enseigner des faits historiques déplaisant à certains parents d’élèves …(3)
Non, l’ex-recteur Alain Morvan a voulu défendre des valeurs surannées : liberté, égalité, fraternité, laïcité. En France ? Oui : on voit bien qu’il est fou et qu’il mérite d’avoir été démis de ses fonctions ! Cela étant dit, les ministres se sentent plutôt mal à l’aise dans leurs baskets : « "Même si les valeurs qu'il défend sont respectables, il n'aurait pas dû commenter des décisions de justice", indique-t-on dans l'entourage du ministre de l'Éducation. » (Le Figaro, 21 mars 2007).
Voici donc une bonne nouvelle : notre devise est toujours respectable.
Ce n’est pas une déclaration officielle, certes, mais ce murmure « dans l’entourage du ministre de l’Education » est un signe. Surtout quelques mois après que plus haute autorité de ce même ministère ait abandonné à la vindicte terroriste un professeur de philosophie qui donnait, dans une tribune libre, son opinion de citoyen sur une religion et une idéologie (4).
Alain Morvan, lui, croyait en la liberté d’enseigner l’histoire, la philosophie en fonction des faits et non des dogmes.
Il croyait à l’égalité entre les élèves mâles et les élèves femelles, à tel point qu’il estimait qu’on devait leur enseigner les mêmes matières de la même façon. Il croyait à la fraternité qui consiste à offrir à chacun les mêmes chances de départ dans la vie grâce à un enseignement de qualité offert à tous. Il croyait à la laïcité qui cantonne les affaires de l’au-delà à la sphère privée et fait intervenir dans la sphère publique ceux qui ont été élus pour cela.
Par conséquent, Alain Morvan croyait que l'ouverture du lycée musulman al-Kindi (qui, rassurons nos lecteurs, a quand même été inauguré en grande pompe, il y a quelques jours) par des initiateurs qu’il qualifiait « d’intégristes » allait à l’encontre de toutes ses valeurs.
Et alors ? Tout le monde le savait ! Oui, mais lui l’a DIT.
Et il a osé invoquer « l’intérêt des enfants », un argument indécemment hors de propos. D’où les pressions que lui avait fait subir le ministère de l'Intérieur.
Son ministère de tutelle à lui, Alain Morvan, s’est contenté de rejeter tous les arguments légaux par lesquels il s’opposait dans son rectorat, au projet d’ouverture d’un établissement éloigné des principes de laïcité absolue de l’enseignement obligatoire et dans lequel il voyait un futur institut de propagande islamiste.
Il faut dire qu’Alain Morvan est un récidiviste de l’honnêteté intellectuelle, un sport non homologué dans les sphères dirigeantes : il y a deux ans, il avait largement œuvré pour l'exclusion de Bruno Gollnisch, professeur de japonais et de négationnisme à l’université Lyon III.
Les étudiants ne sont pas aussi malléables qu’on le croit : plusieurs de leurs associations se sont adressé au Président de la République pour protester contre le sort fait à leur recteur. « Aux yeux de tous, en pleine période électorale, il serait incompréhensible et choquant de mettre un terme aux fonctions d'un homme qui, à Lyon, a su incarner avec honneur et courage la lutte contre l'extrémisme et toutes les tentatives communautaristes de ceux qui, masqués ou non, s'évertuent à brader la République à la découpe », ont-elles écrit.
Pas aussi malléables qu’on le croit, mais tellement plus rêveurs…
Liliane Messika © Primo-Europe, 21 mars 2007.
1 - Référence à la tournée des collèges organisée pendant trois ans par Leila Shahid, déléguée générale de Palestine en France, Dominique Vidal, rédacteur en chef adjoint du Monde Diplomatique et Michel Warshawsky, Israélien militant pour l’éradication de son pays.
2 - Référence à l’action du proviseur du lycée Robert Schumann au Havre, lors de l’affaire du CPE. Christian Belmer, qui y enseignait les arts plastiques, a été suspendu de ses fonctions pour quatre mois, placé en garde-à-vue et poursuivi par son proviseur devant la justice du Havre pour avoir dénoncé ce fait sur son blog (sous un nom d'emprunt) et pour y avoir critiqué un tract distribué auprès des professeurs de son lycée, tract qui prenait parti de façon manichéenne pour la Palestine et contre Israël. Ce qui a fait écrire à Ivan Rioufol, dans son Bloc-notes du Figaro du 16 mars 2007 : « C'est donc au sein même de l'Éducation nationale que l'idéologie anti-occidentale, pro-arabe et donc anti-judaïque s'exprime de la façon la plus ouverte et violente. »
3 - Cf. L'affaire Louis Chagnon
4 - Nos lecteurs ont, bien sûr, reconnu Robert Redeker…