PARACHAT TETSAVE
CHEMOT/Parachat TETSAVE
CHABBAT ZAKHOR
par Rav Arié LEVY 'Chalita'
Auteur du livre de commentaires
« LE CHANT DE LA VIE »
Maguid Chiôur au Collel francophone
DARKEI AHARON
N°279CHABBAT ZAKHOR
par Rav Arié LEVY 'Chalita'
Auteur du livre de commentaires
« LE CHANT DE LA VIE »
Maguid Chiôur au Collel francophone
DARKEI AHARON
Le premier commandement contenu dans la paracha est le suivant : « et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël de te choisir une huile d’olive pure ». Seule l’huile extraite de la première pression était permise pour l’allumage de la Ménora/Candélabre dans le Beit haMiqdach. A l’ordinaire, ajoute le Midrach Tan’houma, on utilise l’huile de premier choix pour la confection des mets et on laisse celle de second choix pour la lampe. Mais pour le Sanctuaire, la meilleure huile était réservée à la Ménora. C’est une huile de même qualité qui fit défaut lorsque les ‘Hachmonaïm pénétrèrent dans le Temple et qu’ils voulurent rallumer la Ménora, et qu’alors se produisit le miracle si célèbre de la fiole, qui est à l’origine de la commémoration de la fête de ‘Hanoucca.
Le Roi David exalte la pureté des enfants en les comparant aux plants d’olivier (Psaume 128 v.3) et Rachi commente : c’est parce que l’olivier ne peut supporter aucun greffon d’un autre arbre. Comment Rachi pouvait-il le savoir ? La colombe de Noa’h rapporta un rameau d’olivier alors que le déluge avait anéanti toute espèce animale et végétale de la surface de la terre. L’olivier fut l’exception. En effet, les greffes effectuées par les hommes avaient occasionné tellement de désordre dans la particularité naturelle de chacune des espèces, que tout fut détruit par le déluge alors que l’olivier garda sa pureté et sa fraîcheur.
Le Chabbat qui précède POURIM, on sort deux séfarim. Dans le premier on lit la section chabbatique, dans le deuxième, pour Maftir, on lit la Parachat Zakhor dans Dévarim ch.25 versets 17 à 19 : « souviens-toi de ce que t’a fait Amaleq sur le chemin à votre sortie d'Égypte... Il démembra tous les gens affaiblis sur tes arrières ; toi, tu étais las et épuisé, et lui ne craignait pas Dieu. Ce sera, lorsque le Seigneur ton Dieu t'aura donné le repos de tous tes ennemis alentour, dans le pays que le Seigneur ton Dieu te donne en héritage pour l'occuper, tu effaceras le souvenir d'Amalek de dessous les cieux, ne l'oublie point », qui engage chacun d’entre nous à retenir l’enseignement de ce commandement : ce que fit Amalèq du temps de Moché Rabbénou il y a trois mille ans, il continue de le faire à chaque génération, y compris la nôtre. En général, comme par exemple dans le récit de la sortie d’Egypte, la Torah utilise plutôt l’expression « avotékha » ou « avoténou » (tes pères ou nos pères), alors qu’ici elle précise « lékha - ce que t’a fait Amalèq ». Que fit-il ? Nous trouvons dans le Cantique de la mer que « les peuples l’apprennent et ils tremblent (Chémot chap.15 v.14) » Tous les peuples apprirent les dix plaies, le passage de la mer rouge et l’effondrement de la puissance mondiale qu’était l’Egypte des Pharaons, « tous les habitants de Philistie fondent de peur (Dévarim chap.25.18) ». La peur les saisit à l’égard de ce peuple qui leur parut invincible. Que fit alors Amalèq ? La Torah emploie le mot « qarkha » « il a refroidi » par son audace l’atmosphère de crainte générale. Cela ressemble à un bain brûlant dans lequel personne n’ose plonger ; vient un homme qui y saute et s’échaude, mais il refroidit l’eau pour les autres. Je me suis demandé il y a quelques années d’où provenait cette insolence d’Amalèq dont la Torah précise par ailleurs « qu’il ne craint pas D’ », mais l’interpellation « ce que t’a fait Amalèq » prend aujourd’hui toute sa dimension lorsque nous voyons des individus isolés attaquer une nation possédant une armée organisée, entraînée et réputée pour sa force. Si tous les peuples qui apprirent la sortie d’Egypte se sont inclinés devant la puissance divine manifestée à la mer rouge, Amaleq lui, ne connaît pas de Maître.
Lorsque nous lisons de nos jours la Méguilat Esther, nous pourrions être amenés à penser qu’il s’agit d’une histoire qui s’est passée il y a fort longtemps et qui ne peut avoir que peu de rapport avec notre époque « éclairée ». Pendant ces dernières décennies, nous nous sommes laissés bercer par une espèce d’euphorie qui tend à nous convaincre que le règne des Haman de l’histoire est révolu, et que plus jamais ne se reproduira l’inimaginable. Que dit Haman dès son retour chez lui, après avoir été distingué et élevé par le roi au plus haut rang ? « Mais tout cela n’a aucune valeur à mes yeux tant que je verrai Mordékhaï le juif assis à la porte du palais ». Les formulations changent peut-être au cours de l’histoire, mais le fond sonore reste le même : ni puissance ni richesses ne peuvent combler les Haman de toutes les époques, tant que « Mordékhaï le juif ne s’agenouille ni ne se prosterne » pour mieux être piétiné.
La Torah, si imprégnée d’amour et de bonté pour toutes les créatures, et si pointilleuse dans les lois qui concernent nos rapports avec les autres peuples, vient pourtant nous mettre en garde de rester en éveil à propos d’Amaleq, et elle nous ordonne « d’effacer son souvenir de dessous les cieux », parce que tant que le règne du Mal qu’il représente demeure, celui de la Royauté Divine ne peut pas être entier.
Certains prétendaient dans les générations précédentes, que ces juifs décidément démodés, arborant barbe et papillotes, ne pouvaient qu’agacer le monde non juif dans lequel ils évoluaient, refusant de s’y assimiler totalement. Est-ce encore aujourd’hui la raison de l’antisémitisme galopant, lorsque les représentants du peuple juif revenu sur sa Terre ne s’encombrent ni du port de la kipa, ni de celui des tsitsit ?
J’ai eu l’occasion de me trouver en présence d’un arabe résidant dans la partie est de Jérusalem et la conversation a tout naturellement dévié sur la situation actuelle des juifs et des arabes d’Israël, et j’ai été surpris de l’acuité de son analyse bien que je ne partage pas son opinion bien sûr, et voici ce qu’il me dit : lorsque Ména’hèm Béghin zal se munissait du Tanakh à la tribune de la Knésset et qu’il lisait les passages relatant les territoires attribués par D. au peuple juif, parmi lesquels se trouvent ceux qui font litige de notre part quant à leur appartenance, et qu’il clamait à la face du monde entier dont nombre de nations croit en la Bible, qu’il était un successeur d’Its’haq, nos revendications paraissaient injustifiées. Mais aujourd’hui, vos représentants au gouvernement s’appliquent à brouiller leur appartenance au patrimoine d’Avraham, d’Its’haq et de Yaâqov, ils s’affairent à vouloir fermer les Yéchivot et à réduire un budget qui de tout temps était attribué aux familles bénies d’enfants. C’est pourquoi, lorsqu’ils prétendent représenter Israël, patrie du peuple juif, nous posons la question : qui êtes-vous et qui vous a octroyé cette terre ? Mais ils ne peuvent pas nous répondre : nous sommes les successeurs des Patriarches à qui a été attribuée cette terre, parce qu’ils semblent avoir coupé le lien qui les rattache à eux.
Je disais que je n’étais bien sûr pas d’accord avec lui, parce qu’un juif reste juif et que nous sommes tous solidaires, mais il est intéressant qu’il ait soulevé des points que beaucoup d’entre nous ne remarquent même pas. Que doit-on répondre à cela ?
Il me semble que la Méguila peut nous y aider. Haman utilisa une seule phrase pour convaincre Assuérus d’exterminer les juifs de son royaume : « Il existe un peuple, dispersé et éparpillé parmi les autres nations dans tous les pays de ton empire ». Dispersé, constatent les Haman de l’histoire, quand bien même nous semblons former une communauté, mais que la diversité de nos opinions nous divise ; dans ce cas, celui qui nous représente n’est plus à craindre, parce que sa conduite ne répond pas aux critères du Judaïsme préconisés par la Torah. Haman n’ignorait pas que ce peuple, dont « les coutumes sont différentes de celles des autres nations » et qui a traversé croisades, inquisition et choâ, ne survit que par son attachement à son patrimoine et à sa foi en « le gardien d’Israël qui ne dort ni ne sommeille ». Nous le savons et c’est ce qui nous soutient encore aujourd’hui, mais notre planche de salut réside dans le mot d’ordre de la reine Esther : « Va rassembler tous les juifs présents à Suze ». Esther savait que seule l’unité du peuple (dénigrée par Haman) pouvait annuler le décret divin, précipiter la chute des ennemis d’Israël, et illuminer d’espoir les générations qui nous lient au miracle de POURIM.
Appliquons-nous à réjouir nos familles et nos amis ainsi que les moins favorisés de notre Communauté afin que tous nos frères célèbrent cette si belle fête dans la joie ; alors nous verrons se réaliser le verset « leur épée atteindra leurs cœurs et leurs arcs se briseront ». Le peuple juif est là et vit, grâce à la foi profonde et authentique qui le renforce dans l’assurance qu’aucune nation isolée ni que toutes les nations réunies ne parviendront à briser sa résistance.
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