PARACHAT BO

PARACHAT BO
210, 400 OU 430 ANS ?
Lors du "Berit Ben Habetarim", l'alliance entre D‑ieu et Abraham, D‑ieu annonça à Abraham l'esclavage d'Egypte :
"Sache le bien : tes enfants seront étrangers dans un pays qui n'est pas le leur; on les asservira et on les fera souffrir 400 ans. Et Je jugerai le peuple qui les aura asservis et ensuite ils sortiront avec une grande fortune"[1].
Rachi, suivant l'enseignement des sages du Talmud, montre que l'esclavage d'Egypte ne dura en fait que 210 ans. Le verset de la Genèse parle du temps qui s'écoula entre la naissance d'Isaac et la sortie d'Egypte. En effet, ce n'est qu'à partir de ce moment là que les enfants de Jacob sont devenus une nation et que la conquête du pays de Canaan devient possible. Jusque là, au temps des pères, les hébreux étaient étrangers dans leur propre pays. Mais dans la Paracha de cette semaine, au chapitre 12, v. 42, le texte rapporte une date nouvelle pour la sortie d'Egypte:
Ce fut au bout de 430 ans, et ce fut en pleine journée, toutes les armées de D‑ieu sortirent du pays d'Egypte.
Pour répondre à la contradiction apparente entre ce verset et celui de la Genèse, Rachi explique que ce compte débute 30 ans avant la naissance d'Isaac, à l'occasion de la "Berit ben Habetarim", de l'alliance contractée entre D‑ieu et Abraham.
D'après ce commentaire, Abraham avait 70 ans lors de cette alliance, puisqu'il avait 100 ans à la naissance d'Isaac.
Ceci est étonnant, dit le RaMBaN (Rabbi Moché Ben Na'hman), car cette alliance, racontée dans la Thora à la fin de la Paracha "Le'h le'ha", se serait passée avant que D‑ieu ne donne l'ordre à Abraham de quitter sa patrie pour le pays de Canaan. En effet, il avait déjà 75 ans lorsqu'il se rendit au pays de Canaan.
Aussi, le Ramban propose-t-il une autre explication:
"Et encore je dis que la meilleure explication pour résoudre la contradiction entre les 2 versets est de dire que, selon le décret de D‑ieu, l'exil d'Egypte devait durer 400 ans et les 30 années ont été rajoutées pour cette génération là. En effet s'il était décrété, qu'un homme, à cause de ses péchés, devait souffrir une ou deux années, si cet homme devait persister dans son inconduite, la durée de son exil et de sa souffrance serait prolongée, car la première punition n'est pas une garantie qu'il n'en recevra pas d'autres. C'est ainsi que D‑ieu avait annoncé à Abraham que sa descendance subirait l'exil durant 400 ans et que finalement ils sortiraient avec une grande fortune et ce départ peut se passer immédiatement après les 400 ans ou seulement plus tard. De plus, les promesses de D‑ieu ne sont pas définitives, elles peuvent être annulées par les fautes, sauf lorsque ces promesses ont été faites sous le sceau du serment. Et il est connu que les hébreux en Egypte étaient méchants, qu'ils fautèrent beaucoup et qu'ils ne pratiquaient même plus la circoncision. C'est pourquoi leur exil fut prolongé de 30 ans. Il aurait même dû durer plus encore si ce n'étaient qu'ils prièrent et crièrent."
La Thora avait annoncé la durée de l'esclavage en Egypte, 400 ans, mais ce chiffre est d'abord un symbole. Il signifie que cet asservissement était une descente dans la nuit et l'enfer. En effet le chiffre 4 et ses multiples signifient globalité et totalité, le chiffre 100, un grand nombre; cet esclavage était total tant par sa qualité que par sa durée; cet esclavage est la négation de l'homme; seule l'intervention de D‑ieu pourra transformer ce non‑peuple en une nation. Mais sa traduction dans le temps est variable; D‑ieu, par Sa Volonté, par Sa Miséricorde, peut le faire débuter à la naissance d'Isaac alors que nul esclavage n'avait encore commencé, mais Il peut également le prolonger à cause de la faute des hommes...
D‑ieu n'enferme pas l'histoire dans une logique de dates; mais ce sont les pleurs, les cris, les prières, les bonnes actions et l'action de l'homme qui peuvent et doivent influer le déroulement de l'histoire. C'est pourquoi nos sages interdisent de calculer la date de la venue du Messie, ce serait faire de l'histoire un déterminisme, un retour en Egypte. Le grand Amora Samuel disait même que la date ultime pour la venue du Messie était arrivée et que sa venue ne dépend plus que du Repentir.
Nous sommes les témoins d'un événement messianique, le retour en masse des juifs dans leur patrie. Cet afflux, nul ne l'avait prévu, seuls nos prophètes l'avaient annoncé il y a des milliers d'années. C'est fabuleux et chacun peut constater la "main" de D‑ieu et chacun devient humble, comprenant que ces événements nous dépassent tant et que c'est le Tout‑Puissant qui agit.
Alors les paroles du Ramban retentissent : "Ne retombez pas en Egypte, dans le monde du déterminisme. La délivrance dépend aussi des hommes, de leurs prières, de leurs actions, de leurs luttes et de leurs combats. C'est vrai, tant que D‑ieu ne le veut point, vaines sont les actions de l'homme. Mais lorsque la Décision est prise, la délivrance devient le fruit des actions même insignifiantes de l'homme dont la portée est démultipliée par la Volonté de D‑ieu."