CHRISTOPHE MALAVOY "... NON! NON A PETAIN..."

Publié le par ACTUALITE JUIVE


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  Culture
 
  Article extrait du Numéro : 965 du 18-01-2007 | Abonnez-vous ! à partir de 65 €uros l'abonnement - 46 numéros  
         
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  imageChristophe Malavoy  
  «J’ai été élevé par ceux qui ont dit : Non ! Non à Pétain !»  
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Si l’acteur, Christophe Malavoy, est déjà passé derrière la caméra pour la télévision, c’est la première fois qu’il réalise pour le cinéma. « Zone libre » raconte l’histoire d’une famille juive cachée par un paysan pendant la Deuxième Guerre mondiale. (1) Christophe Malavoy revient pour nous sur son film et les motivations personnelles qui l’ont poussé vers ce type de récit.
 
     
 
Actualité Juive : Pourquoi Nelly Kaplan, la productrice, vous a-t-elle sollicité pour mettre en scène cette histoire ?

Christophe Malavoy : Il faudrait bien sûr le lui demander, mais j’avais déjà travaillé avec elle pour une de mes réalisations à la télé, « Ceux qui aiment ne meurent jamais », un téléfilm sur la filiation. Elle voulait le point de vue, me semble-t-il, non pas d’un juif, mais de celui qui accueille, comme le paysan qui cache la famille dans le film.

A.J. : Cette histoire vous a touché parce qu’elle se situait dans le monde rural, mais le récit est celui d’une famille juive cachée. En quoi cela vous-a-t-il motivé ?

C.M. : Dans mon enfance, je vivais en Charentes et j’allais à l’école de la campagne. Nous avons tourné près de cet endroit qui reste cher à ma mémoire. Mais cela n’aurait pas suffi pour me motiver. D’abord, j’adore l’œuvre de Jean-Claude Grumberg. Le film est adapté de sa pièce « Zone libre », même s’il m’a laissé une totale liberté pour me l’approprier. Par ailleurs, ma famille a été très engagée dans la Résistance. Un grand nombre de ses membres ont été dénoncés, arrêtés, internés à la prison de la Santé ou à Fresnes, les femmes sont parties pour Ravensbrück, les hommes pour Mathausen. Tous ne sont pas revenus. J’ai été élevé par ceux qui ont dit : « Non ! ». Non à Pétain ! Ma mère en 1991 pendant la guerre en ex-Yougoslavie a hébergé une famille bosniaque. Je voulais rendre hommage à tout cet héritage. J’ai aussi voulu faire une chronique rurale, d’où un travail très important sur les costumes et les décors. Dans le monde rural, on voit la culture de la persévérance.

A.J. : La lumière du film est magnifique !

C.M. : Polanski a dit : « Pourquoi vous, les Français, faites-vous toujours des images moches ? ». Je suis de la culture de Fellini, de Bergman et d’autres, j’intègre à la fois l’œil du peintre et l’œil du poète.

A.J. : Qu’avez-vous appris sur cette période de l’histoire en préparant le film ?

C.M. : Un souvenir marquant a été la lecture d’un livre sur les enfants juifs pendant la guerre. Ils devaient changer de noms, se cacher, mentir. Vous imaginez l’humiliation profonde ressentie par des enfants qui normalement ont droit au bonheur. Dans les lois d’interdiction, j’ai découvert que, dans le métro, les juifs n’avaient le droit de prendre que la dernière rame. C’est incroyable ! Le film a mis quatre ans à être monté. J’ai eu le temps de beaucoup travailler sur les archives communales. Dans certains coins, on parlait des Allemands, on les savait proches, mais on ne les voyait pas, comme la ville qui est à proximité, mais que l’on ne voit pas. J’ai donc choisi de ne montrer la ville et les Allemands que de façon furtive. Tsilla Chelton qui interprète la grand-mère juive m’a dit que pendant la guerre, c’est exactement ce qu’elle avait vécu. Elle avait toujours entendu dire « Les Allemands sont à quatre kilomètres ». La rumeur crée parfois plus de peur que le fait d’être pris.

A.J. : Malgré la Shoah, l’antisémitisme continue de nos jours sa progression. Comment l’expliquez-vous ?

C.M. : C’est le rejet de l’autre qui continue. Les Juifs, mais aussi les homos, les Noirs et les Arabes. Et que dire des Harkis ? Des Arabes passés du côté français qui ont été victimes pire que d’une injustice, d’une humiliation. On continue de rejeter la faute sur l’autre et c’est comme ça que les régimes totalitaires apparaissent !

A.J. : Pourquoi avoir choisi des acteurs juifs pour interpréter la famille juive ?

C.M. : La culture prime et je pense que lorsque l’on sait plus de choses, on est plus impliqués. Certains pouvaient même me contredire et m’apprendre des faits de leur vécu. La caméra prend le mystère des gens qui n’est pas limité à la parole. Pour dénicher ces choses imperceptibles, l’origine culturelle est importante. L’enfant, lui, n’est pas juif, malgré mes recherches dans de nombreuses écoles juives. Il est d’origine italienne et me semblait plus vrai que nature.

A.J. : Votre film ne délivre pas de message. Cependant qu’aimeriez-vous que le public en retienne ?

C.M. : La fraternité et la solidarité entre les gens. Ce film parle de l’ouverture, au-delà des confessions, à l’être humain. Ce sont les idées qu’il faut combattre. Il faut savoir être hors-la-loi quand les idées ne sont pas bonnes, savoir résister. C’est ce que j’essaie de transmettre à mes enfants.

(1) «Zone libre» de Christophe Malavoy avec Jean-Paul Roussillon, Lionel Abelanski, Elisa Tovati, Tsilla Chelton, Mathilde Seigner.
Sortie le 17 janvier 2007.

 
     
  Propos recueillis par Robert Sender  

 

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Publié dans ANTISEMITISME

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