La pendaison du dictateur

Cette semaine, nous souhaitons attirer l’attention de nos lecteurs sur l’exécution par pendaison de Saddam Hussein le samedi 30 décembre 2006, au petit matin du premier jour de la fête de l’Aïd, la fête du sacrifice, et les réactions que la mise à mort d’un des plus grands criminels que le 20ème siècle aura suscitées.
L’histoire du 20ème siècle compte des centaines de millions de morts. Guerres conventionnelles, guérillas, révolutions, invasions, destructions, exterminations. Folie des hommes voulue par eux-mêmes.
De la guerre des tranchées à la guerre du Viêt-Nam, des Einsatzgruppen aux attentats dirigés contre l’Amérique le 11 septembre 2001, l’homme a mis toute son imagination au service de la mort de ses semblables.
Les commanditaires et les instigateurs des crimes de masse commis sur des populations choisies, visées, sélectionnées, n’ont pas tous connu la justice. Encore moins nombreux sont ceux qui ont connu la potence.
L’enjeu en valait la peine, nous avons fait les comptes. Le 20ème siècle a connu 29 dictateurs, responsables de la mort d’un quart de milliard d’hommes. Sur les continents que sont l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique, 29 dictateurs ont régné arbitrairement sur des pays qu’ils ont ruinés, appauvris, détruits.
Parmi ces 29 dictateurs, quatre d’entre eux ont été condamnés et exécutés : Benito Mussolini, Ion Antonescu, Nicolae Ceausescu et Saddam Hussein.
Les autres ont échappé aux sentences (Pol Pot, Bokassa), exercent toujours leur pouvoir (Fidel Castro, Robert Mugabé, Kim Jong-Il) ou sont morts "paisiblement": Staline, Mao Zedong qui faisait payer à la famille du condamné à mort la balle qui devait le tuer, Tito, Salazar, Franco, Hoxha, Kim Il-Song, Idi Amin Dada, Sékou Touré, Mobutu Sese Séko, dont la fortune personnelle en 1984 était supérieure à la dette extérieure de son pays, ou "Papa Doc". Anté Pavelic, qui avait été protégé par le Vatican, succomba de ses blessures, deux ans après la tentative d’assassinat sur sa personne. Seul Adolf Hitler s’est suicidé.
Au 20ème siècle, parmi les 29 responsables de 250 millions d’individus assassinés, quatre personnes ont été condamnées à mourir.
La dernière exécution, celle de Saddam Hussein est donc une exception, un fait historique rare.
Non, l’exécution ne s’est pas déroulée dans un climat de dignité. Les images terribles que nous avons diffusées sur Guysen.TV trahissent au contraire un esprit de vengeance de la part de certaines personnes qui assistaient à l’exécution, parmi les centaines de candidats qui s’étaient portés volontaires pour jouer le rôle du bourreau.
Choqué par une mise en scène atroce et glacé par le calme d’un condamné à mort le jour de la fête du sacrifice, le monde condamne. Au nom du principe, de l’éthique, l’Europe condamne, unanime. Au nom du droit aussi : le dictateur le plus sanguinaire a été jugé pour une partie des crimes seulement qu’il a commis, mais il ne comparaîtra pas pour ses autres crimes. Quid du génocide des Kurdes ? Quid des crimes commis contre les Shiites ? Quid des atrocités perpétrées contre des membres du parti Baas, des officiers, des opposants, des religieux Shiites exécutés avec leurs femmes et leurs enfants ?
Saddam Hussein aura été le premier homme d’Etat à utiliser des armes chimiques contre sa population. 5000 kurdes irakiens périrent à Halabja en 1988, et des milliers d’autres, ailleurs. Aux crimes contre l’humanité, il faut ajouter les crimes de guerre commis en Iran. A la guerre contre l’Iran il faut rappeler l’invasion du Koweit, les missiles Scud lancés sur Tel Aviv, le terrorisme international.
Oui, la pendaison de Saddam Hussein prive les Irakiens et le monde entier d'un procès global qui aurait permis de mettre en lumière l’ensemble des crimes qu’il a commis et les complicités dont il a joui.
Saddam Hussein est coupable de la mort d’un million de personnes. La pitoyable exécution n’était pas celle d’un homme. C’était celle d’un monstre.
Le monde n’a pas réagi à la condamnation à mort d’un homme. Aucune voix n’avait osé réagir au verdict et au rappel du chef d’accusation, lorsqu’il fut prononcé le 5 novembre dernier. Des voix s’élèvent contre l’exécution d’un monstre.
Et ce n’est pas la première fois. En 1961, à Jérusalem, le procès d’Adolf Eichmann provoqua une controverse internationale et un émoi gigantesque. Les téléspectateurs du monde entier découvrirent en direct Eichmann dans une cage de verre blindée écoutant un interminable défilé de témoins décrivant son rôle l’extermination des Juifs. Déclaré coupable pour tous les chefs d'inculpation, il fut condamné à mort le 15 décembre 1961 et pendu peu après minuit le 1er juin 1962 dans la cour de la prison de Ramla. Il reste le seul condamné à mort jamais exécuté par Israël.
Depuis ce 1er juin 1962, les criminels de guerre nazis comprirent qu’ils ne connaîtraient plus la quiétude.
La peine de mort est inhumaine. Mais c’est un garde fou contre les inhumains.
Que faut-il comprendre ? Qu’il fallait condamner Saddam Hussein à la peine capitale, mais qu’il ne fallait pas l’exécuter ? Exprimer que l’on ne voulait plus de lui sur terre, mais qu’il ne devait pas mourir ? Saddam Hussein savait bien ce qu’il faisait en refusant de porter cagoule. Montrer un visage d’homme jusqu’au bout, jusqu’après.
Loin de rappeler la liste des crimes, au lieu de dire à l’unisson l’espoir que plus jamais d’autres régimes ne pratiquent des massacres aux ordres d’un dictateur, dans les jours qui ont suivi la pendaison, les Nations Unies ont inscrit l’universalisation de l’interdiction de la peine de mort, et Jacques Chirac s’est promis d’inscrire dans la Constitution de la Cinquième République l’interdiction de la peine capitale.
Comment nous garderons-nous alors de la folie des monstres ?
Il y a quelques années, une journaliste demanda à Claude Lanzmann, le réalisateur du film "Shoah", s’il n’avait pas eu envie de tuer un garde ukrainien qu’il avait filmé, coupable de la mort de centaines de personnes dans un camp d’extermination. "Si" répondit Lanzmann. "Alors, lui demanda la journaliste, qu’avez-vous pensé, qu’avez-vous fait ?" Et Claude Lanzmann ajouta : "Je l’ai tué. Je l’ai tué pour l’éternité, avec ma caméra".
Depuis quelques jours, Guysen TV propose un journal quotidien en arabe. 250 millions de téléspectateurs d’Irak, de Syrie, du Liban, de Jordanie, d’Egypte et des pays du Maghreb vont pouvoir voir et comprendre Israël, dans leur langue. 250 millions d’arabophones vont découvrir un pays qu’ils entourent et ne connaissent pas. Un pays de liberté dans lequel soufflent la démocratie et la fraternité, et dont l’espoir n’exprime qu’un seul idéal : la paix.
En cette veille de Chabbat, nos pensées vont vers celles les familles de Guilad, Ehoud et Eldad, détenus en otage depuis six longs mois.
http://www.guysen.com/articles.php?sid=5416
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