L'Iran durcit le ton contre Londres, au moins 10 morts samedi à Téhéran
Téhéran a durci le ton dimanche contre la Grande-Bretagne, accusée d'avoir voulu saboter le scrutin présidentiel en Iran, où au moins dix personnes ont péri samedi lors des manifestations contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad.
Alors que la crise la plus grave en Iran depuis la fondation de la République islamique en 1979 est entrée dans sa deuxième semaine, le président ultraconservateur a demandé dimanche à Londres, mais aussi à Washington, de cesser leurs "ingérences" dans les affaires iraniennes.
Dimanche en fin d'après-midi, les rues du centre de Téhéran étaient calmes, ont rapporté des témoins à l'AFP, tranchant avec la violence des confrontations de la veille entre forces de l'ordre et manifestants.
La télévision d'Etat a affirmé dimanche que 10 personnes avaient été tuées et plus de 100 blessées samedi, mettant en cause des "agents terroristes" munis d'armes à feu et d'explosifs, qu'elle n'a pas identifiés. La chaîne de télévision publique en anglais Press-TV a fait état de 13 morts.
Ces décès sont les premiers depuis ceux des sept manifestants qui ont péri lors des manifestations de lundi.
Dimanche, les autorités ont attaqué avec virulence certains pays occidentaux, au premier rang desquels la Grande-Bretagne.
"Ce n'est pas en tenant des propos hâtifs que vous entrerez dans le cercle des amis de la nation iranienne", a déclaré Mahmoud Ahmadinejad sur son site internet en s'adressant à Londres et Washington. "Pour cette raison, je vous demande de cesser vos ingérences."
Peu auparavant, son ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a accusé Londres de complot contre l'Iran, affirmant que des "+éléments+ liés aux services secrets britanniques" avaient afflué en Iran avant l'élection.
"La Grande-Bretagne a comploté contre l'élection présidentielle depuis plus de deux ans", a déclaré le ministre cité par Press TV. La Grande-Bretagne "voulait que personne n'aille voter, c'était la ligne des médias britanniques".
A Londres, ces accusations ont été balayées.
"Je rejette catégoriquement l'idée que les manifestants en Iran sont manipulés ou motivés par des pays étrangers", a déclaré le secrétaire britannique au Foreign office, David Miliband.
Au-delà des simples déclarations, les autorités iraniennes ont aussi décidé d'expulser le correspondant permanent de la BBC à Téhéran, Jon Leyne, sommé de quitter le pays sous 24 heures pour avoir "soutenu" les émeutiers, selon l'agence Fars, proche du gouvernement.
Le ministère iranien de la Culture a en outre menacé les médias britanniques de "mesures de rétorsion" s'ils continuaient "d'interférer dans les affaires intérieures de notre pays en diffusant des informations mensongères ou inexactes de l'Iran".
La presse étrangère n'a pas le droit d'aller couvrir les événements "non autorisés" et doit recourir à des témoins.
La chaîne de télévision d'informations en continu à capitaux saoudiens, Al-Arabiya, a annoncé que la fermeture de son bureau de Téhéran, en vigueur depuis le 14 juin, avait été prolongée "jusqu'à nouvel ordre" par les autorités iraniennes.
La manifestation de samedi représentait un défi au guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, qui avait averti la veille qu'il ne "cèderait pas à la rue". Tout comme la charge sans précédent contre le guide suprême de Mir Hossein Moussavi, principal rival de M. Ahmadinejad à l'élection du 12 juin.
Dans une lettre au peuple iranien, il l'avait accusé, sans le nommer, d'avoir mis en danger le caractère républicain de la République islamique en validant la réélection de M. Ahmadinejad, seulement rendue possible selon lui par une fraude massive.
Le message de M. Moussavi invitait aussi à poursuivre les manifestations pacifiques et réclame toujours une annulation du scrutin.
A Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel a appelé "fermement" Téhéran à procéder à un nouveau décompte du scrutin et à s'abstenir de toute violence contre les manifestants.
Samedi, le président américain Barack Obama avait haussé le ton, appelant le gouvernement iranien "à mettre fin à tous les actes de violence et d'injustice contre sa propre population".
