Un soldat vraiment inconnu

Publié le par Paul Lémand © Primo Europe

Paul Lémand

Un soldat vraiment inconnu

Le site Indymédia n’est pas spécialement réputé pour la fiabilité de ses informations. Par contre, il a souvent été pris en flagrant délit de propagation de thèses antisémites.

On se souvient de la publication d’une liste des intellectuels, journalistes et hommes d’affaires juifs ou soupçonnés de l’être. Lire sur Primo un article du 18 juillet 2004.

Mais Indymédia est un réseau mondial au sein duquel chaque habitant de notre planète peut poster ses nouvelles, ses coups de gueules et ses "scoops".

C’est ainsi que la version américaine de ce site a procuré au monde entier le témoignage d’un soldat américain, le Sergent Jessie Mac Beth. Celui-ci dénonçait les exactions qu’il était obligé de perpétrer en Irak, disant sa honte d’appartenir à l’Armée des USA. Il se présentait comme un vétéran, membre des Forces Spéciales. image

« ils [nos supérieurs] nous ont ordonné d’entrer dans une mosquée. Ceci me fait vraiment très mal. Mes cauchemars viennent la plupart du temps de ça… nous avons infiltré la mosquée… environ 200 personnes étaient en train de prier…nous avons commencé à les abattre, nous avons commencé à les tirer, les prendre par les jambes pour les jeter dehors… nous avons brûlé leurs corps, les accrochant aux poutres…il est simplement écoeurant de penser que j'ai participé à ce massacre…Les enfants nous ont jeté des pierres et le supérieur qui était de garde nous a ordonné de leur tirer dessus…. Notre travail était de tuer, tuer, tuer. Je suis déçu de mon pays. J'ai vraiment honte d’avoir servi en Irak. » (le reste sur le site américain d'Indymédia)

Bien évidemment, les journaux se sont emparés de l’affaire et ont fait leur travail d’investigation. Cela tombait juste au moment de la révélation du massacre d’Additha (et d’un "massacre" dans une mosquée en Novembre dernier).

Reuters a produit un petit entrefilet en ces termes : Le commandement militaire américain en Irak accuse, en des termes à peine voilés, des milices chiites d’avoir mis en scène les cadavres de combattants tués, lors d’affrontements avec les forces américano-irakiennes, pour faire croire à un massacre de fidèles désarmés dans une mosquée de Bagdad. (Reuters 29 mars 2006)

Le soldat qui n’a jamais existé

Une journaliste américaine, Michelle Malkin, a pu visionner la cassette de l’interview et s’est aussitôt interrogée sur la véracité du témoignage (lire).

Son enquête auprès de l’armée américaine est sans appel. Aucun Jesse MacBeth n’a jamais servi dans l’armée.

Ce soldat est inconnu au bataillon et n’a jamais été membre de l’armée américaine.

Un journal polonais (Rzeczpospolita n° 126) relate le fait dans une revue de presse, passé immédiatement sous silence par les médias occidentaux. Il faut dire que Michelle Malkin travaille pour un journal conservateur, ce qui ne plaide pas en sa faveur.

La cassette vidéo circule amplement dans les pays arabes, a été projetée en continu sur certaines chaînes comme Al Manar. Jesse Mc Beth est devenu le symbole de la résistance à l’oppression américaine.

Le seul problème est qu’il n’a jamais été soldat. Les révélations se sont répandues par le biais d’Internet dans le tout le Proche-Orient.

La désinformation, on le sait, est une arme de guerre, d’un côté comme de l’autre.

Il serait illusoire de penser que les soldats américains n’ont pas commis de crimes de guerre en Irak. Les témoignages sont trop nombreux pour en douter. Le contexte, qui ne saurait justifier de pareilles atrocités, est d'une violence extrême, trop peut-être pour de jeunes soldats à peine sortis des classes.

Il est tout aussi vain de croire que les combattants irakiens, hâtivement qualifiés de « résistants » par certains médias occidentaux, s’abstiennent de massacrer leurs concitoyens. Les attentats-suicide dans les marchés, les mosquées, les lieux publics, ne sont pas le fait des GI’s.

On sait aussi que la désinformation dans les pays arabes peut aller jusqu’à massacrer des civils innocents pour provoquer la colère et alimenter la haine.

L’équilibre sera, de toute façon, difficile à trouver, surtout lorsqu’il s’agit de critiquer une initiative américaine.

Il se pourrait que les « révélations » de ces nouveaux « My Lai » et les manipulations qui ne manqueront pas d'en découler sonnent le glas de l’engagement américain en Irak.

Les prochaines semaines diront si l’administration américaine, au demeurant peu habile, parvient à se sortir de ce bourbier. L’opinion de cette démocratie est sur le point de basculer.

Il en est ainsi des dictateurs théocratiques et des idéologies sanguinaires. Au bout de quelques mois, la presse occidentale parvient à en faire des victimes.

Paul Lémand © Primo Europe, le 2 juin 2006
Avec Irène Elster pour la revue de presse polonaise

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