Quand le Hezbollah n'aime pas la parodie...et l'humour vire au noir...

Publié le par L'ORIENT - LE JOUR



10 personnes arrêtées pour émeutes à Beyrouth
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BEYROUTH, 2 juin (XINHUA) -- La police libanaise a arrêté vendredi 10 personnes accusées d'émeutes à Beyrouth, selon des sources de sécurité.

Des milliers de musulmans chiites sont descendus dans les rues des faubourgs du sud de Beyrouth, brûlant des pneus et bloquant des routes, y compris celle de l'aéroport de la ville, en protestation contre une émission télévisée caricaturant le chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah.

Les troubles ont commencé après qu'un acteur eut parodié Hassan Nasrallah, en portant son turban noir caractéristique ainsi qu'une barbe similaire et des lunettes, sur une émission télévisée de la chaîne Lebanese Broadcasting Corp (LBC), une chaîne chrétienne privée.

Une émission du Hezbollah a estimé que cette émission avait " insulté le symbole de la résistance et son dirigeant".

Des manifestations pro-Nasrallah ont également éclaté dans le sud et l'est du Liban, des zones du pays à dominante chiite où le Hezbollah bénéficie d'un vif soutien.

Les troupes libanaises ont bloqué les routes vers le centre- ville de Beyrouth, pour empêcher des partisans à moto du Hezbollah d'atteindre la zone.

Le producteur de ce programme, Charbel Khalil, a présenté jeudi soir ses excuses à la télévision, déclarant qu'il respectait profondément M. Nasrallah et que cette représentation du dirigeant "n'avait pas l'intention de l'offenser".

Le Hezbollah bénéficie d'un fort soutien au sein de la communauté chiite libanaise, qui compte 1,2 million de personnes et est estimée comme la plus grande communauté religieuse de ce pays de 3,5 millions d'habitants.

Picture (Device Independent Bitmap)

Samedi 03 Juin 2006 | 5:00 | Beyrouth

Hamadé s’interroge sur les desseins cachés derrière les exactions organisées, Moawad dénonce l’atteinte à l’État...

Condamnations en série de la caricature de Nasrallah, mais, surtout, du recours à la rue et du vandalisme

Les réactions à ce qui aurait pu ressembler de près à un nouveau 5 février, tant à Aïn el-Remmaneh, Achrafieh, qu’à Tarik Jdidé, se sont multipliées hier, quelques heures après la diffusion d’un Basmet Watan parodiant Hassan Nasrallah, et la réaction totalement démesurée, à coups de poing et de barres de fer, des partisans du Hezbollah dans ces quartiers à majorité chrétienne et sunnite de la capitale. Des réactions qui ont condamné l’ « atteinte » à un dignitaire religieux (en l’occurrence le secrétaire général du Hezb), mais aussi, et surtout, le recours à la rue par les partisans de la formation chiite.

Le ministre des Télécommunications, Marwan Hamadé, s’est « posé beaucoup de questions », après les « agressions et les actes de vandalisme commis dans plusieurs quartiers, et certaines routes principales coupées » – des questions à propos des « desseins cachés derrière ces exactions organisées ». Le ministre Hamadé a dénoncé le « plaisir que retirent certains partis à utiliser la rue pour un déploiement régulier de biceps, tantôt sous le prétexte de dénoncer des caricatures avec lesquelles les Libanais n’ont rien à voir, tantôt contre un programme de réformes qui n’a même pas été entériné, et dernièrement contre une émission humoristique », surtout que l’on pouvait très bien, a-t-il souligné, régler les débordements de cette émission par les voies juridico-légales. « On ne peut expliquer cette facilité à s’en prendre aux citoyens et à leurs biens que par des considérations politiques ; et il est hors de question de ramener le Liban à la tutelle des SR, à celle de ce Rustom Ghazalé de triste mémoire, lorsque l’on s’en prenait aux libertés publiques et aux médias, notamment à la LBC et à la MTV », a dénoncé Marwan Hamadé. Il s’est attiré d’ailleurs une réponse immédiate du conseiller politique de Hassan Nasrallah, Hassan Khalil, qui a déclaré que personne ne peut remonter le temps, ramener le Liban en arrière ou faire d’Israël un ami. « Nous sommes fiers de notre amitié avec la Syrie et avec l’Iran, et pas de suivre cette ligne qui s’étend entre Tel-Aviv et Washington », a-t-il dit.
La ministre des Affaires sociales, Nayla Moawad, a pour sa part affirmé qu’il ne pouvait y avoir deux poids et deux mesures. « Soit l’on accepte tous ce genre d’émissions, soit on les refuse tous », a-t-elle dit, soulignant que les incidents d’avant-hier « n’étaient pas dirigés contre une chaîne de télévision, mais contre l’État ».

L’hommage de Aoun à Nasrallah
L’ancien Premier ministre, Michel Aoun, s’est entretenu au téléphone avec Hassan Nasrallah, refusant toute atteinte à l’encontre de celui-ci. Il a rendu hommage à la « Sagesse » du secrétaire général du Hezb, qui a « su résorber la colère populaire et éviter toute tentative d’en profiter ». Les deux hommes se sont déclarés désolés de « tout incident collatéral qui a accompagné le mouvement populaire ». Michel Aoun avait auparavant demandé au ministre de l’Intérieur et aux FSI d’« expliciter officiellement » la nature des incidents d’avant-hier, « afin d’éviter de gonfler les rumeurs et d’attiser le sentiment de peur des citoyens. Tout incident doit être remis dans son cadre naturel, et que les autorités concernées assument la responsabilité d’en révéler les dessous », a dit le député du Kesrouan.

Le 14 Mars
Quant au comité de suivi des forces du 14 Mars, il a condamné très fermement les actes de vandalisme et les agressions « dangereuses » contre « d’innocents citoyens et contre leurs biens, sans oublier les tentatives de s’en prendre à certains lieux de culte. Cela n’est pas seulement une atteinte à la sécurité, c’est une volonté de saper la stabilité nationale et le projet de construction de l’État », dit le communiqué des forces du 14 Mars, lu par le député Walid Eido. Un communiqué qui rappelle l’attachement des présents à la liberté et le sens des responsabilités des médias, mais aussi à la dignité de tous les Libanais, sans exception. Sauf qu’il rappelle également que certains programmes télévisés ou autres commentaires politiques avaient critiqué des leaders politiques nationaux, s’en étaient moqués, « les accusant même de traîtrise » sans que cela n’entraîne les réactions démesurées « que l’on a vues hier ». Les forces du 14 Mars ont ensuite dénoncé les slogans et autres insultes à caractère confessionnel entendus avant-hier, ainsi que les armes portées par les vandales, « ce qui entraîne beaucoup d’appréhensions et de doutes chez les Libanais, à la veille de la reprise du dialogue national, censé débattre sur l’avenir des armes du Hezb et la stratégie de défense du Liban ». Enfin, les forces de la majorité appellent les pouvoirs sécuritaire et judiciaire à diligenter une enquête et définir toutes les responsabilités, avant de juger toute personne dont la participation à l’émeute a été prouvée.


Le chef des FL, Samir Geagea, a, lui, refusé toute atteinte portée contre quelque personnalité religieuse ou politique que ce soit, se demandant pourtant quelle faute les citoyens innocents ont commise. « Ces choses-là se règlent par le biais de la loi, c’est à la justice de décider s’il y a eu préjudice ou pas, il y a un État tout de même », a-t-il dénoncé.
Les Kataëb ont eux aussi condamné toute agression contre les leaders religieux et toute infraction aux coutumes libanaises et au respect mutuel entre les familles spirituelles qui font la société libanaise. Mais ils ont surtout dénoncé l’attaque de quartiers résidentiels et d’innocents « dont la seule faute est d’appartenir à une communauté bien précise ; pour la deuxième fois en quelques mois... Cela a remis sur le tapis la nécessité de la sécurité personnelle, qui reste, en fin de compte, une catastrophe pour tous », a regretté le communiqué des Kataëb. Idem pour le PNL, qui a refusé catégoriquement que quiconque impose son idéologie aux Libanais ou exerce un genre ou un autre de terrorisme intellectuel. Et le Bloc national, par la voix de son amid, Carlos Eddé, a dénoncé tout aussi fermement les exactions d’avant-hier, soulignant qu’une éventuelle réforme des médias se fait au Parlement et non dans la rue.

L’étonnement du mufti Kabbani
Quant au mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, il s’est entretenu au téléphone avec Hassan Nasrallah pour condamner l’agression contre lui « ou contre toute référence religieuse ». Cheikh Kabbani s’est également déclaré surpris, après avoir reçu les plaintes de plusieurs citoyens, « que certaines personnes en colère aient profité de la situation pour commettre des actes indignes ». Signalons d’ailleurs que si de très nombreux muftis, dans diverses régions du pays, ont condamné la caricature diffusée par la LBC, ils s’en sont surtout pris au recours à la rue et aux agressions contre les citoyens.


Et si certains se sont bien gardés d’évoquer ces attaques en question, à l’instar du député baassiste Kassem Hachem, qui a simplement parlé d’une tentative de s’en prendre à la Résistance et à ses symboles, beaucoup de réactions ont insisté sur la nécessité de ne pas « s’amuser » avec l’unité nationale ou la paix civile, appelant les médias à exercer une autocensure eu égard aux circonstances « délicates » que traverse le pays. C’est notamment la position prise par le Conseil général maronite, qui a tenu hier une réunion extraordinaire. L’avocat Sinane Barraje a dénoncé un acte organisé, refusant d’y voir une réaction spontanée.


Enfin, Massoud Achkar a invité aussi bien le gouvernement que l’oppostion à assumer leurs responsabilités sur le plan de la sauvegarde de la sécurité de la population de manière à ne plus tolérer que la région d’Achrafieh « soit un souffre-douleur ou un exutoire pour tous ceux qui se sentent indisposés pour une quelconque raison ». « Nous avons évité le pire la première fois lorsque les habitants d’Achrafieh se sont contrôlés (le 5 février dernier, lors d’une manifestation de fondamentalistes sunnites, à Tabaris). « Nous avons pu éviter le pire hier aussi (jeudi), mais il n’est pas dit que nous pourrons éviter le pire une troisième fois, car il n’est pas concevable que celui qui se sent lésé et qui descend dans la rue porte atteinte à la dignité des habitants » d’Achrafieh, a conclu Massoud Achkar.

 

 

 

 



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Publié dans ACTUALITE

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