COLERE
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Cette semaine, Primo revient sur une émission d'ARTE, Reportages. vous avez été nombreux à nous demander à la revoir et comment se la procurer. Primo n'est intervenu en rien ni dans la conception ni dans la diffusion du reportage sur Hattie Friedland "Dialogues de sourds". Vous pouvez certainement vous procurer le film en vous renseignant auprès d'Arte Boutique.
Primo a ensuite donné son opinion sur cette émission. Lire
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Témoignage et grande colère
Dimanche soir, avec des amis juifs et sionistes (non, ce n’est pas un vilain mot, c’est la volonté et la presque réussite d’un peuple en diaspora, persécuté au cours des siècles, de retrouver la terre de ses ancêtres pour y faire fleurir le désert et y vivre en sécurité), je me rendais, donc, à une soirée en l’honneur des gardes-frontières d’Israël, et dédiée à la libération de Guilad Shalit.
Pour information à ceux qui l’ignoreraient, Israël a des frontières à défendre, n’étant pas vraiment entouré d’amis. Guilad Shalit est un jeune soldat franco-israélien, enlevé par les terroristes du Hamas depuis plus de deux ans dans des conditions contraires au Droit international.
Sous des menaces nombreuses et d’une extrême violence (nous en avons eu connaissance, les auteurs ayant fait courir sur internet la vidéo de leur agressivité sous keffieh protecteur), les organisateurs eurent du mal à trouver une salle de spectacle.
Seul un lieu de travail et de réunion de différentes associations juives autorisa la soirée dans son auditorium en accord avec la Préfecture de Police, les rues d’accès étant faciles à protéger.
Et la protection, en effet, fut totale: à vue d’œil, en comptant le nombre de cars de police en position dans le quartier, et en multipliant par le nombre de policiers dans un car, on peut estimer que les 300 spectateurs étaient protégés par 300 « gardes du corps ».
Depuis le métro et le parking proche, des navettes conduisaient les spectateurs à la porte. Et les reconduisaient de façon semblable.
Les issues de la rue furent fermées et les manifestants opposés à la tenue de la soirée, contenus sous bonne surveillance.
Quelques heurts, mais pas trop. On dira « des pro-palestiniens », comme si le fait d’avoir une opinion politique autorisait la menace, et très vite, la violence.
Les dégradations, les insultes, les cris de haine des manifestations, plus anti-israéliennes que pro-palestiniennes, des jours passés n’ont pas reçu la condamnation qu’elles méritaient, confortant , par là même, leurs auteurs dans leur projet d’imposer la peur autour d’eux .
A l’intérieur, la soirée fut calme : une troupe musicale militaire, un jeune chanteur israélien, et Guy Mardel, venu de Jérusalem, pour la partie musique.
Un général israélien, des personnalités juives sionistes, des animateurs de radios juives, des tee-shirts à vendre, des sandwichs casher, des amis qui se retrouvent, un appel aux donateurs, des discours, des films.
Témoignage
Ce texte n’est pas une analyse mais un témoignage : je n’ai pas entendu un seul mot de haine. Ni insultes, ni termes excessifs, ni drapeaux brûlés. Il en était de même, lors des soirées des années précédentes.
Vers minuit, sans hâte, les spectateurs sont sortis. Je suis montée dans ma navette, direction parking et ma colère a explosé.
Au nom de quelles pressions, de quelles peurs, de quelles faiblesses me suis-je trouvée un soir d’hiver, « protégée » malgré moi ?
Bien sûr, je sais gré à cette police de m'avoir permis de me déplacer sans crainte, mais la colère m’étouffe contre tout ce qui a laissé faire, été toléré et même admis, pour en arriver là : une communauté menacée par une autre au prétexte d’un conflit qui nous, qui les dépasse et moi piégée, privée de ma liberté de mouvements, dans ma ville que j’aime ! Devrais- je, pour ma sécurité, « surveiller » mes fréquentations ?
Devrais-je rester à la maison, conseil qu’on donnait aux femmes accusées d’avoir provoqué les violeurs en sortant seule le soir ?
Ma colère contre l‘ignorance, qui devrait interdire tout droit au jugement; combien de ceux qui se permettent une opinion dans ce conflit soixantenaire, qui prennent parti et qui fustigent, ont pris le temps de regarder une carte de géographie ou de lire un peu d’histoire et, pourquoi pas, de se rendre sur place ?
Ma colère contre la bêtise qui donne plus grande valeur aux symboles qu’aux faits .Ma colère contre la violence comme moyen d’expression .
Ma colère contre une certaine compassion, fort en vogue. Il paraît que l’Europe a des remords, qu’elle a honte de son colonialisme passé , qu’elle veut, pour se racheter , faire semblant de défendre l’opprimé vedette , le palestinien instrumentalisé, se souciant bien peu des autres souffrances du monde .
Ma colère contre ces élus de la République qui ont accompagné, encouragé les manifestants aux panneaux haineux et mensongers, pour quelles raisons autres qu’électoralistes ?
Ma colère contre l'opinion publique qui accepte d'entendre, comme hier à Paris, les cris furieux de Allah ou Akbar, quand on sait le projet islamiste de domination du monde par éradication de l'autre, donc de moi, chrétienne, de ceux que j'aime, de ma culture, de ma liberté.
Ma colère, ô combien, contre beaucoup de nos médias, contre le feu qu’ils attisent, contre les opinions qu’ils substituent sans vergogne à leur travail d’information.
Ma colère enfin, d’avoir si longtemps fait silence sur mes connaissances acquises, mes réflexions partagées, mes opinions mûries, mes témoignages vécus.
Après tout, si je suis, ce soir, dans cette navette pour éviter d’être tabassée par des manifestants pro -palestiniens violents, c’est un peu de m’être tue trop longtemps.
Laurence Nguyen
