Dissuader l’opiniâtre

Publié le par Par Charles Krauthammer - PILCZER

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/04/17/AR2008041703165.html
Adaptation française de Sentinelle 5768 ©


L'ère de la non proliferation est terminée. Pendant le premier demi-siècle de l'ère nucléaire, la sécurité a reposé sur la limitation de l'armement aux grandes puissances, et à la mise à l'écart des Etats voyous à son accès. Cette stratégie devait inévitablement s'effondrer. L'inévitable est arrivé.
Les pourparlers à six parties sur la Corée du Nord ont échoué misérablement. Ils n'ont pas empêché Pyongyang de tester une arme nucléaire et de se joindre au club.

Aujourd'hui, la Corée du Nord a transgressé de nouveau son engagement de révéler toutes ses installations nucléaires.
L'autre test était l'Iran. Les négociations avec les trois de l'UE (Grande-Bretagne, France et Allemagne) n'ont abouti nulle part. Chaque résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU promulguant ce qui passait pour des sanctions était plus inutile que la précédente. L'enrichissement de l'uranium se poursuit.
Quand la récente annonce par l'Iran qu'elle triplait le nombre de centrifugeuses à 9.000 n'a provoqué aucune réponse perceptible de l'administration Bush, la partie était terminée.

Chacun déclare qu'il faut empêcher l'Iran d'accéder au nucléaire. Personne ne se lancera dans une mission dangereuse.
La « communauté internationale » est prête à ne rien faire de conséquent pour empêcher la prolifération nucléaire. Personne ne veut l'admettre. Pas plus que quiconque ne veut envisager la perspective d'armes nucléaires entre les mains d'un, deux, ou de beaucoup d'Etats voyous.
Nous le devons. Ce jour arrive, et vite. Nous devons faire face à la réalité et commencer de songer à comment vivre avec l'impensable.
Il y a quatre façons de traiter avec des Etats voyous accédant au nucléaire : la prévention, la dissuasion, les missiles de défense, et le changement de régime.
La prévention marche mais en tant que remède, il est consommé. L'Irak a été décrochée par la frappe aérienne israélienne en 1981, par la guerre du Golfe de 1991 (qui mit à jour les programmes nucléaires clandestins de Saddam Hussein) et enfin par l'invasion en 2003, qui mit fin à la dynastie des Hussein, père et deux fils.
Un effet collatéral de la guerre d'Irak a été le désarmement nucléaire de la Libye. Voyant la destinée de Hussein, Mouammar Khadafi révéla et démantela son programme nucléaire. Et s'il faut en croire l'Estimation Nationale du Renseignement (NIE) de novembre dernier, l'invasion de l'Irak a même amené l'Iran à suspendre temporairement l'armement et l'enrichissement.
Mais le coût de la prévention est simplement trop élevé. Personne ne va renouveler la guerre de Corée avec une attaque sur Pyongyang. Et les perspectives d'une attaque sur les installations de l'Iran sont de plus en plus faibles. Que faire ?
La dissuasion. Elle fonctionnait pendant la Guerre Froide à deux acteurs. Fonctionnera-t-elle avec de multiples voyous ? Elle semble très adaptée pour la Corée du Nord, dont le régime, loin d'être suicidaire, est obsédé par sa survie.
L'Iran est un cas différent. Avec sa direction millénariste actuelle, la dissuasion est en effet un pari médiocre, comme je l'ai écrit en 2006 en envisageant le dossier de la prévention. Mais si la prévention est hors jeu, la dissuasion est tout ce qui reste. Notre tâche est de rendre la dissuasion plus convaincante dans ce contexte.
De deux manières : Commencer par menacer de représailles si dénuées d'ambiguïté et si accablantes en cas d'agression nucléaire de l'Iran, que les non millénaristes de la direction conserveraient les rênes ou même chasseraient ceux qui mènent leur pays à l'extinction.
Mais il y a un complément à la dissuasion : les missiles de défense. Contre un immense arsenal soviétique, cela était inutile. Contre de petites puissances avec de petits arsenaux, à savoir la Corée du Nord et l'Iran, cela devient extrêmement efficace associé à la dissuasion.   
Juste pour la discussion, imaginez un système de défense anti-missiles disposé en deux couches, dans lequel chaque couche est imparfaite avec, disons, une certitude de coup au but de 90 %. Cela signifie que seulement un missile sur 100 traverse les deux couches. Cela renforce infiniment la dissuasion en dégradant radicalement la possibilité d'une première frappe réussie. Même Mahmoud Ahmadinejad pourrait s'abstenir de lancer un arsenal de, disons, 20 têtes nucléaires, si ses conseillers scientifiques lui démontraient qu'il n'y a que 18,2 % de chance qu'un seul puisse traverser - et 100 % de risque qu'une contre-attaque en représailles de centaines de têtes nucléaires israéliennes (ou américaines) réduisent en cendres la première république islamique du monde.
Bien sûr, on pourrait déborder des missiles de défense en utilisant des terroristes. Mais tout ce qui ne serait pas une attaque sur de multiples sites, au secret hermétiquement gardé, et parfaitement exécutée, provoquerait une destruction terrible, mais non existentielle. La destruction en représailles, d'autre part, serait existentielle.
Nous discutons, bien sûr, de probabilités. Une sécurité totale provient d'un changement de régime. Pendant la Guerre Froide, nous étions inquiets des têtes nucléaires soviétiques, mais jamais de celles détenues par les Français ou les Britanniques. Les armes ne tuent pas les gens ; des gens tuent des gens. Un changement de régime adviendra sûrement en Corée du Nord et en Iran. Ce sera l'ultime salut.
Mais c'est entre aujourd'hui et cette date que gît le danger. Comment naviguer en sécurité dans l'intervalle ? La dissuasion plus la défense par missiles rend le succès d'une première frappe si improbable, et à l'opposé si assuré de provoquer l'autodestruction qu'elles pourraient - pourraient seulement - nous faire passer du jour où les voyous accèdent au nucléaire à celui de leur déposition.
Nous sommes entrés dans l'ère postérieure à la non prolifération. Il est temps de sortir notre tête du sable, et de nous en occuper.   letters@charleskrauthammer.com
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Publié dans ACTUALITE

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