Affaire Chagnon : justice ou jurisprudence ?
| A la une : Affaire Chagnon : justice ou jurisprudence ? Josiane Sberro |
| Primo a été informé de la décision heureuse du tribunal administratif de casser le blâme infligé à Louis Chagnon par le rectorat de Versailles. Pour ceux qui ne connaissent pas cette affaire : lire. Il s’agit d’une victoire pour les défenseurs de la laïcité et contre ceux qui croient pouvoir instrumentaliser les rouages de la République pour l’infiltrer et y instiller le venin islamiste. Cependant, Josiane Sberro tempère notre satisfaction par une analyse plus «technique» de cette décision. Alain est un collègue apprécié. Au sein du même collège, vingt cinq années durant, il accomplit un travail remarquable de réinsertion d'adolescents en grandes difficultés sociales et scolaires. Outre ses qualités de rigueur et d'exigence en classe, il n'hésite jamais, les jours de congé, à conduire ses élèves, toujours ravis de le suivre dans de longues randonnées à vélo ou des courses d'orientation. Pour Alain, la sécurité routière s'apprend sur la route. Pragmatique et payant de sa personne. Ses notes d'inspection sont au plus haut et cela lui donne la possibilité d'envisager une promotion. Pour son premier poste en responsabilité, une direction d'école élémentaire dans un secteur "idéologiquement chaud" lui est attribuée. Cela fait parti de la fonction. Alain s'y prépare, prend conseil pour atteindre rapidement un maximum d'efficacité. Dès la prise de poste, Alain est inquiet: il ne se sent pas du tout accueilli, l'environnement est méfiant voire hostile. Il est "l'étranger" arrivé là au hasard des nominations. Sur place, les espoirs étaient différents. Au quotidien, Alain tente de créer des conditions de dialogue et d'échanges avec les membres pérennes de l'équipe comme avec les familles. Le rejet s'accentue au fil des jours. Alain comprend que, selon le jeu des points acquis dans la fonction publique, il a obtenu ce poste convoité par quelqu'un du sérail et de la région. Les choses se dégradent très rapidement. Alain est quotidiennement mis en question, des parents d'élèves idéologisés à souhait se plaignent de tout, se plaignent de rien. Jusqu'à ce jour où plainte concertée est déposée par un ou deux collègues et des parents: le voilà absurdement accusé. Alain est raciste! Entre-temps et dans la même mouvance de "tous les enseignants sont racistes" après avoir été un temps pédophiles, Louis Chagnon se voit accusé d'un méfait du même ordre; le ridicule ne tue plus en France depuis que l'ambiance est à la méfiance interculturelle à l'école. Accusation suprême en cette période de communautarisation de la société française. La chose est instruite dans l'urgence d'un coup de tonnerre. Alain passe devant la commission disciplinaire. Il est largement soutenu par les témoignages de qualité professionnelle et humaine de son équipe d'origine. Rien n'y fait. Les syndicats eux-mêmes sont perplexes. L'administration a besoin d'exemples! L'administration va prouver qu'elle n'hésite pas à sévir et à nettoyer ses écuries d'Augias! Sa rigueur s'exprime face à celui qu'elle a médaillé il y a peu d'une Mention Honorable pour services rendus au Service Public. Suspendu de son poste, vilipendé et montré du doigt, Alain perd pied. Son entourage familial, son avocat et les membres de son équipe d'origine le soutiennent, l'entourent en vain. C'est inutile, l'injustice est trop écrasante pour cet enseignant de conviction. Alain est condamné au blâme. Décision maintenue en appel. Dès lors, sa vie professionnelle est un enfer de quelques années! Les trompettes de la renommée le précèdent. Il est affecté d'autorité sur les postes les plus ingrats, et accueilli en malfrat. Dans le landernau Education Nationale, les nouvelles vont vite. Alain a commis une faute de plus en plus énorme ; tout est colporté, revu et corrigé au gré de la couleur politique des équipes rencontrées. L'avocat d'Alain profondément choqué - le mot est faible - par les relations verticales et horizontales au sein de l'administration, décide de porter l'affaire devant les tribunaux européens. Les années, certes, ont passé. La décision inattendue est pourtant tombée! Le jugement du tribunal administratif est cassé par la justice européenne. L'innocence absolue d'Alain est reconnue et affirmée par écrit. Il reçoit même une "compensation financière" de 1000 €. Heureux homme qui ne croit plus en l'innocence de l'enfance ni en la solidarité de ses collègues; qui ne croit plus en l'institution, qui n'adhère plus au moindre projet politique ou éducatif de la France et qui n'attend plus dans l'oubli que d'atteindre cette fameuse fin d'activité pour se retirer très loin de tout comme il le confiait à ses rares amis ces temps derniers. Vive l'Europe si elle contribue à donner un soupçon d'humanité et d'intelligence aux tribunaux administratifs.
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