Combats civils : ce que Georges Habbache a compris
Adaptation française de Sentinelle 5768 ©
Vous devez admirer Georges Habbache. Bien sûr, c’était un meurtrier de masse. Mais comme la réponse assourdie aux protestations récentes au Tibet le souligne, sa compréhension tant de la nature humaine que de la politique internationale était sans égale.
Habbache, mort en janvier dernier, fonda le Front Populaire pour la Libération de la Palestine, petit groupe terroriste qui attira l’attention dans les années 1960 et 1970 avec des détournements d’avions et des attentats à la bombe bien médiatisés. D’autres groupes palestiniens suivirent bientôt la mode.
Etant donné le scandale et l’horreur que provoquaient ces attaques, des gens dépourvus de la compréhension sophistiquée d’Habbache sur la manière dont le monde fonctionne les trouvaient contre-productives. Mais Habbache comprenait mieux. Comme il l’expliqua au magazine allemand ‘Der Stern’ en 1970 : « Depuis des décennies, l’opinion publique mondiale n’a été ni pour, ni contre les Palestiniens. Elle nous a simplement ignorés. Au moins, le monde parle de nous maintenant ».
Habbache comprenait deux choses : d’abord, les gens en général préfèrent ignorer les problèmes. Ensuite, s’ils sont obligés d’y répondre, les gens préfèrent généralement le compromis au combat, car c’est moins coûteux à court terme.
Et en effet, quand le monde n’a pas pu ignorer confortablement plus longtemps les Palestiniens, le compromis a vite suivi. En 1975 par exemple, l’ONU a créé le comité pour l’Exercice des Droits Inaliénables du Peuple Palestinien. Aucun autre groupe en quête d’autodétermination n’a jamais mérité son propre comité à l’ONU.
A la fin des années 1980, l’OLP (une organisation de couverture palestinienne à laquelle le FPLP de Habbache appartenait) avait des ambassades dans le monde entier, dont une avec statut d’observateur à l’ONU : ni les Tibétains, ni Kurdes, ni Basques ni aucun groupe dépourvu d’Etat n’avait d’ambassades ou un statut à l’ONU.
En 1993, Israël reconnut l’OLP et commença à lui donner des territoires – autre élément que les Tibétains, les Kurdes et les Basques n’avaient jamais obtenus.
Et depuis lors, en dépit du terrorisme palestinien sans répit, le soutien à la cause palestinienne n’a fait que croître. Des manifestations pro-palestiniennes massives ont eu lieu dans le monde entier. L’aide internationale afflue dans les coffres palestiniens. Des dirigeants dans le monde soulèvent la cause palestinienne à chaque occasion et organisent des conférences internationales à son sujet. Les chefs palestiniens sont fêtés dans les capitales du monde.
Ces résultats sont eux aussi inégalés par d’autres groupes : les dirigeants mondiaux ne parlent presque jamais des Kurdes, des Tibétains ou des Basques ; moins encore ne leur donnent une aide financière ; pas plus qu’il n’y a des manifestations internationales en leur nom.
Les Tibétains cependant, sont absolument uniques, parce qu’ils sont seuls à voir essayé une tactique différente pour gagner l’attention du monde. Les Kurdes et les Basques, par exemple, ont aussi utilisé le terrorisme ; leur erreur a été de confiner leurs attaques à la Turquie et à l’Espagne respectivement, permettant ainsi au reste du monde de les ignorer confortablement. Pour le Dalaï Lama cependant, la non violence est un principe cardinal : quand les manifestants tibétains sont devenus violents au début du mois, il menaça de démissionner comme chef du gouvernement tibétain en exil si la violence ne cessait pas.
Et le Tibet a plusieurs avantages qui en font un solide dossier test pour la non violence. D’abord, le Dalaï Lama est respecté sur le plan international ; aucun autre groupe sans Etat n’a un chef d’une pareille stature. Ensuite, le Tibet ne recherche que l’autonomie, ce qui est moins provocant que l’indépendance totale. Troisièmement, un Tibet indépendant a réellement existé avant que les Chinois ne l’envahisse en 1951, rendant indiscutable le droit à l’autodétermination du Tibet selon la loi internationale ; Les Palestiniens, les Kurdes et les Basques, au contraire, cherchent tous à créer de nouveaux Etats qui n’ont jamais existé avant, rendant leur cas moins tranché légalement. La loi internationale est floue pour savoir quand un groupe ethnique particulier a le droit de créer un Etat : c’est pourquoi tant de gens peuvent soutenir en même temps un Etat pour les Palestiniens et les Kosovars, qui sont ethniquement, culturellement, et linguistiquement non séparables de la Jordanie et de l’Albanie voisines respectivement, alors qu’ils s’y opposent pour les Kurdes et les Basques, qui sont ethniquement, culturellement et linguistiquement uniques.
Pourtant, après 57 ans d’occupation, l’autodétermination tibétaine demeure un rêve lointain. Les récentes protestations tibétaines n’ont pas déclenché de manifestations dans le monde contre l’occupation chinoise. Le Tibet n’a pas d’ambassades internationales ou de statut à l’ONU. Il ne reçoit pas d’aide internationale. Et malgré tout les respect accordé à son chef, même lui n’est pas le bienvenu dans la majorité des capitales : la rencontre d’Angela Merkel à l’automne dernier à fait les gros titres justement parce que c’était l’exception à la règle.
La cause palestinienne, au contraire, est un millésime bien plus récent. Quand Israël s’empara des territoires en 1967, l’opinion mondiale voulut simplement les rendre à la Jordanie et à l’Egypte (qui s’en étaient emparées en 1948) ; la Résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’ONU ne mentionne même pas un Etat palestinien. Pourtant aujourd’hui, un Etat palestinien est en tête de l’agenda international. De fait, cet Etat existerait déjà si Arafat n’avait pas refusé une offre en 2001, et lancé à la place une guerre terroriste contre Israël.
Il est vrai que faire pression sur Israël est bien plus facile que sur une locomotive comme la Chine. Pourtant, cela ne peut pas expliquer de façon univoque l’apathie internationale envers l’autodétermination tibétaine, ni l’énorme soutien à son équivalent palestinien. Après tout, l’opinion mondiale a déjà défié des superpuissances par le passé : voyez les manifestations mondiales massives contre l’invasion américaine de l’Irak, ou la campagne internationale pour la communauté juive soviétique. Et elle a ignoré les revendications d’autodétermination contre des pays pas plus puissants qu’Israël, telles les demandes d’indépendance Tamoules au sein du petit Sri Lanka.
La seule explication pour le fossé entre le traitement du monde envers les Tibétains, ou de nombreux autres groupes nationaux, et les Palestiniens, c’est ce que Habbache a compris depuis si longtemps : en choisissant la voie de la non violence, les Tibétains ont permis au monde de les ignorer confortablement. Mais les Palestiniens, en lançant une campagne de véritable terrorisme international, ont rendu impossible de les ignorer confortablement. Et comme Habbache l’a prédit, le monde a répondu en recherchant le compromis.
Mais dans un monde de plus en plus interconnecté, d’autres groupes ne resteront pas toujours aveugles aux leçons du succès palestinien. Par la compromission avec le terrorisme palestinien tout en ignorant les revendications des autres groupes nationaux, le monde a donné une puissante incitation aux Kurdes, aux Basques, aux Tibétains et à d’autres pour lancer des campagnes de terrorisme international de leur crû, comme le meilleur moyen de se gagner le soutien international. Aussi, si elle souhaite prévenir ce résultat, la communauté internationale doit inverser le cap – en récompensant la non violence tibétaine, et en punissant plutôt qu’en se compromettant avec le terrorisme palestinien.
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