Attentat à Karachi en 2002 : l'enquête s'oriente vers une "affaire d'Etats"

Publié le par AFP


© 2009 AFP (Rehan Arif)
L'enquête sur l'attentat de Karachi en 2002 contre des salariés des arsenaux d'Etat DCN s'oriente vers une "affaire d'Etats", et non plus vers Al-Qaïda, a affirmé l'avocat de sept familles de victimes, après avoir vu les juges antiterroristes.

FAITES CE QUE JE DIT, MAIS PAS CE QUE JE FAIS

L'enquête sur l'attentat de Karachi en 2002 contre des salariés des arsenaux d'Etat DCN s'oriente vers une "affaire d'Etats", et non plus vers Al-Qaïda, a affirmé l'avocat de sept familles de victimes, après avoir vu les juges antiterroristes.

"La piste Al-Qaïda est totalement abandonnée. Le mobile de l'attentat apparaît lié à un arrêt des versements de commissions" de la France au Pakistan dans le cadre de la vente de sous-marins Agosta, a expliqué à l'AFP Me Olivier Morice, à l'issue d'une rencontre des juges antiterroristes Marc Trévidic et Yves Jannier avec les familles des victimes à Cherbourg.

"Ces commissions ont été arrêtées à l'arrivée de Jacques Chirac à la présidence de la République en 1995 afin que des rétrocommissions" destinées à financer la campagne d'Edouard Balladur, Premier ministre avant l'arrivée de M. Chirac à la présidence, "ne soient pas versées", a affirmé l'avocat.

"M. Trévidic a dit que cette +piste était cruellement logique+", a précisé Magali Drouet, fille d'un salarié de la DCN, défendue par Me Morice.

Dans ce scénario, l'attentat aurait été commis en représailles au non-versement des commissions distribuées à partir de 1995 alors que l'actuel chef de l'Etat pakistanais, Asif Ali Zardari, était ministre dans le gouvernement de son épouse Benazir Bhutto, a ajouté Mme Drouet.

Michele Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, sur le site d'un 'attentat qui a fait 14 morts et et 12 blessés le 8 mai 2002 à Karachi
© 2009 AFP (Saeed Khan)
Dans ce scénario, l'attentat aurait été commis en représailles au non-versement des commissions distribuées à partir de 1995 alors que l'actuel chef de l'Etat pakistanais, Asif Ali Zardari, était ministre dans le gouvernement de son épouse Benazir Bhutto, a ajouté Mme Drouet.

"Il s'agit d'une affaire d'Etats impliquant la France, le Pakistan et l'Arabie Saoudite, bailleur de fonds du Pakistan", a-t-elle ajouté.

Cette piste avait brusquement surgi en 2008 dans le cadre d'une enquête sur des faits présumés de corruption et de ventes d'armes. Des policiers avaient mis la main lors d'une perquisition au siège de la DCNS (ex-DCN) sur des documents portant sur des sociétés par lesquelles ont transité des commissions versées en marge de contrats d'armements.

Un de ces documents, baptisé Nautilus et non signé, faisait état d'une "instrumentalisation" de militants islamistes par des membres des services secrets pakistanais et de l'armée. Il indiquait que "l'attentat de Karachi a été réalisé grâce à des complicités au sein de l'armée (pakistanaise) et au sein des bureaux de soutien aux guérillas islamistes" des services secrets pakistanais.

Selon cette note, versée au dossier de l'instruction, "les personnalités ayant instrumentalisé le groupe islamiste qui a mené à bien l'action poursuivaient un but financier (...) Il s'agissait d'obtenir le versement de commissions non honorées" dans le cadre d'un achat de sous-marins français par le Pakistan en 1994.

Interrogé jeudi par France 3, M. Balladur a déclaré avoir certes "entendu parler de cette histoire depuis des années" mais souligné que tout, selon ce qu'il savait, s'était déroulé de manière "parfaitement régulière".

Site d'un 'attentat qui a fait 14 morts et et 12 blessés le 8 mai 2002 à Karachi
© 2009 AFP (Saeed Khan)
"Il y a eu effectivement des accords qui ont été passés avec le gouvernement pakistanais", a dit l'ancien chef de gouvernement, ajoutant: "à ma connaissance tout cela était parfaitement régulier, je n'ai rien à ajouter".

"Il y a eu effectivement des accords qui ont été passés avec le gouvernement pakistanais", a dit l'ancien chef de gouvernement, ajoutant: "à ma connaissance tout cela était parfaitement régulier, je n'ai rien à ajouter".

"Si quelqu'un a un témoignage, une preuve à apporter, qu'il saisisse la justice, c'est tout", a-t-il poursuivi.

Cette piste, un temps écartée par les juges en charge de l'enquête, serait de nouveau prise très au sérieux au vu "d'éléments nouveaux entrés récemment dans le dossier", selon un enquêteur, sans préciser la nature de ces nouveaux éléments.

"On s'oriente nécessairement vers des actes de grande importance. Des personnalités politiques de premier plan vont être entendues", a estimé Me Morice.

L'attentat avait fait le 8 mai 2002 14 morts, dont 11 ingénieurs français travaillant pour les anciens arsenaux d'Etat DCN devenu depuis DCNS ou des sous-traitants, et 12 blessés.

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