La parole du muet et l'oreille du sourd

Publié le par PRIMO - J.SBERRO

Longtemps, j’aurai vu dans le soutien à la création d’un Etat palestinien la marque d’une insupportable indécence.

Depuis juin 1967, la cause palestinienne n’aura été pour moi que l’instrument imaginé par les dictateurs successifs de la Ligue arabe et du monde musulman avec le concours d’un nombre croissant de membres décervelés de la communauté internationale pour purger la honte de la débâcle dans la guerre des Six-Jours et renverser politiquement le sort des armes, et, ensuite, interroger la légitimité d’un Etat pour les Juifs sur leur terre, en Israël.

Ces quatre décennies, les Palestiniens n’auront été à mes yeux que des Arabes au contour national incertain ou de hasard que la renaissance d’Israël allait structurer autour de cette identité palestinienne.

Une identité factice au nom de laquelle une ancestrale éducation à la haine du « Yahoud » et au mépris de l’ « Infidèle » secondée par l’indécrottable antisémitisme occidental enfin libéré de sa pénitence née de la Shoah, devaient laver cette prétendue terre d’Islam de sa « souillure juive ».

Tout ce temps, cette cause n’aura valu pour moi que les moyens mis au service de sa promotion, des impostures aux attentats terroristes, de l’instrumentalisation des enfants aux prêches de haine dans les mosquées, les écoles ou à la télévision, des mensonges et de la lâcheté au culte de la mort.

Pas un instant, je n’aurai gobé la plaisanterie d’une guerre entre deux droits symétriques, équivalents.

Pas un moment, je n’aurai avalé la fable œcuménique d’un conflit entre deux raisons également défendables, parce que jamais toutes ces années, les Palestiniens n’auront fait la preuve, même très imparfaite, que leur rêve d’Etat n’était pas le paravent qui masquait l’ambition d’effacer celui des Juifs.

Je porte toujours ce même regard sur une cause dont 54% (contre 42%, sondage réalisé conjointement par l’Institut israélien Truman et l’institut palestinien PRS en mars 2009) de ceux qui s’en réclament approuvent encore aujourd’hui les attentats visant des civils en Israël.

Mais depuis 2004 et le ralliement irréversible des Etats-Unis à la « vision » de deux pays pour deux peuples et, surtout, depuis que cette vision est pour la nouvelle administration américaine l’étoile polaire de sa politique étrangère pour au moins quatre ans, préconiser des solutions au conflit israélo-arabe qui ne contemplent pas la création d’un Etat palestinien contrevient désormais gravement à l’humeur des hommes et au sens de l’Histoire.

Le monde marche d’un tel pas que si les responsables palestiniens estampillés « modérés » s’abandonnaient à confesser sans fard qu’ils tiennent moins à un Etat qu’à gommer jusqu’au souvenir de la dernière trace d’Israël, il se trouverait encore quelqu’un à Paris et désormais à Washington pour continuer de psalmodier imperturbablement qu’il n’y a pas d’autre issue que celle de la Terre contre la Paix.

Sauf à se réincarner en Menahem Begin et marteler les indépassables incohérences et insuffisances palestiniennes de sa même voix prophétique devant le fils spirituel de Jimmy Carter, il ne semble plus être temps d’avoir raison à trouver cette issue moralement indéfendable, plus raisonnable d’avoir raison à dénoncer l’indécence qu’il y a à récompenser la haine pour programme, du biberon au cercueil.

Ainsi est-il exigé d’Israël de contribuer sans plus tarder à la création d’un Etat palestinien sans quoi la parole de son Premier ministre risque, le 18 prochain à Washington, de devenir aussi inaudible que celle du muet glissée dans l’oreille du sourd.


Prés de Ein Guédi, la terre...

Il était hier légitime de plaider le refus des risques liés à la création d’un Etat palestinien en invoquant la répugnance des dirigeants de l’AP à combattre le terrorisme ou en remémorant à l’intention des amnésiques le pari perdu de la terre de Gaza échangée contre les roquettes de leurs frères ennemis du Hamas.

Il était hier recevable de contester cette aspiration en prenant à témoin la représentativité précaire des Palestiniens « modérés », ou pertinent de dénoncer la duplicité de leurs discours et de leurs actes.

Ce qui a changé aujourd’hui, c’est qu’aucune de ces préventions israéliennes n’est encore légitime, recevable ou pertinente.

Ce qui a changé, c’est qu’il est désormais commandé sans ménagement à un Etat d’Israël plus isolé que jamais de courir les périls d’un nouveau marché de dupes, la violence contre les territoires.

Isaac Franco © Primo, Bruxelles Mai 200

Publié dans ISRAEL

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