Le récit de la semaine: Tout raté! Tout?

Publié le par ADMOUR HAZAKEN

Ces six étudiants de Yechiva (école talmudique) complétaient leurs études rabbiniques tout en se rendant en mission à St-Pétersbourg (Russie). Là, ils devaient insuffler une inspiration nouvelle à la jeunesse juive. Venus du Texas et du Canada, du Wisconsin et de France, ils venaient aider Rav Mendel Pewzner et son épouse - les émissaires du Rabbi arrivés deux ans plus tôt dans la «Venise du nord» et qui dirigent maintenant l'une des plus importantes communautés juives de l'ex-Union Soviétique.
Malgré les conditions économiques déplorables et la pénurie d'aliments en général, sans mentionner le peu d'aliments cachères en particulier, ces étudiants étaient animés d'un enthousiasme qu'aucune météo glaciale ou qu'aucune barrière de langage ne pouvaient tempérer.
Bien vite, ils s'occupèrent des enfants juifs qui fréquentaient la petite école et établirent des cours de Torah pour adultes, des clubs de loisirs pour les adolescents et, infatigables, frappèrent de porte en porte pour trouver encore une famille juive et encore une famille juive.
Pour 'Hanouccah, ils organisèrent un grand concert : tracts, publicités dans les journaux et à la télévision, panneaux publicitaires, tous les moyens furent mis en œuvre et, le soir dit, plus de 5000 personnes se pressèrent dans la grande salle de fêtes. Ce qui ravit les jeunes étudiants, d'autant plus que de nombreux parents avaient amené leurs jeunes enfants, qu'ils purent enrôler immédiatement dans les programmes destinés à la jeunesse.
Au fur et à mesure que l'année avançait, le nombre de jeunes attirés par le judaïsme progressait. La fête de Pourim aussi réunit un nombre important de Juifs de tous les âges.
A l'approche de Pessa'h, les étudiants décidèrent de préparer un Séder - modèle : obtenir de la salade romaine était un véritable tour de force ; et vaincre la bureaucratie pour louer un grand hall relevait également de l'épreuve d'endurance. Mais ils y parvinrent et, le jour prévu, ils accueillirent les enfants des écoles juives et des Talmud Torah de la ville. Une fois ceux-là partis, les étudiants épuisés reprirent des forces pour accueillir d'autres enfants.
Mais personne d'autre n'arriva. Ils attendirent une heure et encore une heure. Plus personne ! Comment était-ce possible ? N'avaient-ils pas fait assez de publicité ? Les affiches n'étaient-elles pas assez bien formulées ? Les dessins n'étaient-ils pas assez évocateurs ?
Enfin, à 16h 30, une dame arriva, avec deux enfants. Ils bénéficièrent d'un accueil royal. Les six étudiants s'occupèrent d'eux, leur expliquèrent avec soin toutes les étapes de la fabrication de la Matsa Chmourah puis du Séder, leur offrirent tous les souvenirs et gadgets qu'ils avaient préparés puis prirent leurs coordonnées avant de les laisser repartir. A 17 heures, tout était terminé et les étudiants, horriblement déçus, ne purent comprendre d'où venait cet échec.
Mais Pinchas Turk, l'un de ces étudiants, refusa de considérer leurs efforts comme vains. Ce soir-là, il téléphona à une mère de famille pour convenir d'une visite à son domicile.
De fait, cette famille habitait la banlieue. Les parents - élevés sous le régime communiste - n'avaient jamais reçu d'éducation juive bien qu'il subsistât un vague souvenir de repas de Pessa'h et de «pain plat» pendant une semaine au printemps.
Et cette famille comptait non pas deux mais quatre enfants, un phénomène rare dans ce pays où la plupart des familles n'avaient que deux enfants. Comme Pinchas venait d'une famille nombreuse, il put donner des conseils pratiques en plus d'informations sur la vie juive.
Puis la mère demanda aux enfants d'informer leur père de la visite de l'étudiant - rabbin. Les enfants toquèrent avec respect à la porte pour appeler leur père. Celui-ci, d'une stature imposante, entra et se mit immédiatement à parler du christianisme. Pinchas était stupéfait : une mère et ses enfants si intéressés par le judaïsme et un père qui évoque le christianisme avec passion ?
Pourtant le père aussi était juif. Il ressentait le besoin d'enseigner D.ieu à ses enfants et, faute d'éducation juive, il s'en était remis à une école chrétienne...
Pourtant les enfants portaient tous des prénoms juifs : Sarah, Chalom (pour que le peuple juif connaisse enfin la paix), Lemouel (un nom que le père avait trouvé dans la Bible) et finalement Babi Yar, en mémoire des quelques 100 000 Juifs (!) massacrés dans la forêt du même nom par les Nazis en 1941.
Bien vite, les parents acceptèrent d'envoyer les enfants à l'école juive, aux clubs de loisirs et à la colonie de vacances Loubavitch.
A la fin de l'année, les étudiants retournèrent à New York et obtinrent leurs diplômes rabbiniques.
Tous se marièrent. L'un d'entre eux, Mendel Gurewitz s'installa avec son épouse Rivka à Offenburg en Allemagne où ils établirent un Beth 'Habad en 1998.
A son tour, il sollicita l'aide de jeunes étudiants pour l'aider à organiser les activités pour la jeunesse, pour les fêtes...
Une fois les premiers jours de Pessa'h terminés, il put enfin faire vraiment connaissance des jeunes gens qui l'avaient aidé si efficacement. L'un d'entre eux en particulier lui semblait déjà connu. Où donc l'avait-il déjà rencontré ? Rav Mendel Gurewitz lui demanda d'où il venait.
- Je m'appelle Babi Yar et je suis originaire de St-Pétersbourg !

(Note de l'auteur : de nombreux étudiants de ce groupe de St-Pétersbourg assistèrent au mariage de Babi Yar à Brooklyn il y a deux ans).

David Zaklikowski
www.chabad.org
traduit par Feiga Lubecki

Publié dans RELIGION ET HISTOIRE

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