USA/ Obama retrouve la mémoire
Pendant la campagne présidentielle, Barack Obama n’évoquait jamais ses racines musulmanes. Maintenant qu’il est installé à la Maison Blanche, il les mentionne sans
cesse.
PAR Michel Gurfinkiel.
Barack Obama a retrouvé sa mémoire. Quand il n’était encore que candidat à l’investiture démocrate, puis candidat officiel du parti démocrate à l’élection présidentielle américaine, il minimisait
ses origines paternelles musulmanes, ou le fait que, pendant son enfance, il avait été élevé en musulman, par un beau-père musulman et dans un pays musulman, l’Indonésie. Aujourd'hui, il les met au
contraire en avant - notamment dans une interview accordée à la télévision saoudienne Al-Arabiya le 27 janvier - pour mieux justifier l’ouverture d’un dialogue avec l’Iran.
Mieux : alors qu’il avait défini l’Amérique, lors de son investiture, comme une « nation de chrétiens et de musulmans » - ce qu’aucun dirigeant politique américain n’avait fait jusque là et ne
correspond en rien aux réalités historiques et sociétales du pays -, il la redéfinit, sur Al-Arabiya, comme « une nation de musulmans et de chrétiens », ce qui, pour 99 % des Américains, est
absurde et choquant, mais s’entend, dans une audience musulmane, comme la promesse solennelle, en tant que « fils de l’islam », de travailler à une islamisation inéluctable…
Il se peut qu’Obama mette cette rhétorique au service d’une politique : qu’il ne revendique des origines musulmanes que pour encourager les musulmans à abandonner l'idée d'un jihad contre
l'Amérique. Et qu'il n'engage un dialogue avec des musulmans extrémistes, comme les dirigeants iraniens, que pour mieux les combattre s’ils la refusent. D’autres passages de ses discours et
interviews vont effectivement dans ce sens.
Dans ce cas, il faudrait conclure à son inexpérience, ou à la naïveté de ses conseillers. Car le verbe, en Orient, pèse plus lord que les actes. Capituler en paroles, faire allégeance en paroles, y
revêt plus d’importance que résister en actes.
Mais il se peut aussi qu'Obama trouve de telles satisfactions personnelles dans de tels propos que le moyen est en train de se substituer à la fin. Il se peut qu'il se laisse submerger aujourd'hui
par ce qu’il avait refoulé pendant la campagne, et s’enivrer de ce qu’il s’était interdit. Dans cette seconde hypothèse, il faut s’attendre à de graves difficultés au cours de son administration.
Et pas seulement au Proche-Orient.
Les trois quarts des juifs américains étaient hostiles à Obama voici un an, au début de la campagne présidentielle : parce qu’ils sentaient confusément que son profil comportaient des zones
d’ombre. Lors de l’élection, ils ont voté pour lui à 77 % : un retournement savamment orchestré par une partie de leurs élites, à commencer par de nombreux rabbins réformés ou « conservative » («
massortis »). Aujourd’hui, ils se posent des questions. Ils auront bientôt l'occasion de se ressaisir.
Le 10 février, Israël va renouveler son parlement. Les sondages semblent indiquer une victoire – relative, en raison du système électoral en vigueur, mais substantielle – de la droite : Likoud,
partis religieux, droite nationaliste laïque. Benjamin Nethanyahu pourrait être appelé, dans ces conditions, à former le prochain gouvernement. Le minimum que puissent faire les juifs américains,
c’est de soutenir sans états d’âme ni restrictions mentales un tel cabinet, issu d’élections démocratiques. Au besoin contre l’administration Barack Hussein Obama.
USA/ La théopolitique d'Obama
Obama croit convertir l’islam à la paix en lui tenant le langage d’un « musulman de cœur ». Une théopolitique narcissique qui ne convaincra personne. Et qui risque de se retourner contre lui.
Barack Obama a abattu ses cartes moyen-orientales d’emblée, dès son discours d’investiture, le 20 janvier : « L’Amérique doit jouer son rôle en vue de conduire (l’humanité) dans un monde de
paix…Nous cherchons à ouvrir un nouveau chemin en direction du monde musulman, fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel. A ceux qui, parmi les leaders de ce monde, veulent provoquer des
conflits ou prétendent que l’Occident est le seul responsable des maux qui affligent leur société, nous rappelons que leurs peuples les jugeront sur ce qu’ils sauront bâtir, plutôt que sur ce
qu’ils auront détruit. A ceux qui fondent leur pouvoir sur la corruption, le mensonge et la mise au pas de toute opposition, nous rappelons qu’ils sont du mauvais côté de l’histoire ; mais nous
affirmons aussi que nous leur tendrons la main s’ils cessent de brandir le poing. »
Le nouveau président américain téléphone immédiatement aux quatre chefs d’Etat ou de gouvernement impliqués dans le « processus de paix » israélo-palestinien : le premier ministre israélien Ehud
Olmert, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le roi Abdallah II de Jordanie et le président égyptien Hosni Moubarak. Sa seconde initiative, le surlendemain, de nommer un envoyé
spécial au Moyen-Orient doté de pleins pouvoirs : l’ancien sénateur démocrate George Mitchell, qui avait assuré une médiation en Irlande du Nord en 1997 puis dirigé en 2001 (à titre personnel, sans
missionnement de l’administration George W. Bush) une mission d’enquête internationale sur la Seconde Intifada. Enfin, le 27 janvier, Obama accorde une longue interview à la télévision saoudienne
Al-Arabiya, afin d’ouvrir un dialogue avec l’Iran. Reprenant sa rhétorique du 20 janvier, il demande à nouveau aux dirigeants de Téhéran « de ne plus brandir leur poing ». Il observe que « l’Iran
ne s’est pas conduit de façon à renforcer la paix et la prospérité dans la région », en mentionnant notamment l’aide des mollahs à divers réseaux terroristes – mais ajoute, contre-vérité flagrante,
que cela « appartient au passé ».
A première vue, Obama se borne à mettre en application ses promesses électorales. Le président actuel a été, dès 2001 puis en tant que sénateur de l’Illinois entre 2004 et 2008, un adversaire de la
guerre d’Irak et de ce qu’elle impliquait, l’autodéfense du monde occidental et de l’ensemble des pays libres contre le fascisme islamique. C’est en tant que tel qu’Obama est devenu, en 2007, un
candidat présidentiel potentiel au sein du parti démocrate. Et qu’il a finalement battu, lors des primaires, la sénatrice de New York Hillary Clinton, jugée trop proche d’Israël. Par ailleurs,
Obama a compté suffisamment de pro-israéliens dans son équipe, et obtenu un résultat trop remarquable au sein de la communauté juive américaine (77 % des voix), pour adopter une ligne
anti-israélienne. Mais sans renoncer pour autant à la réconciliation avec le monde islamique, qui est l’un de ses « thèmes fondateurs ».
Mais il est clair que l’engagement d’Obama ne s’arrête pas là. Le 44e président des Etats-Unis met en avant sa saga personnelle, tant dans ses livres que dans ses discours, et fait constamment de
son « métissage » un argument politique ou géopolitique. Il a tenu à prêter serment, lors de son investiture, en tant que Barack Hussein Obama, pour bien souligner son origine musulmane. Dans son
discours inaugural, il a eu une petite phrase curieuse, où il définissait l’Amérique comme comme « une nation de chrétiens et de musulmans, de juifs et d’hindous, et de non-croyants ». Jusqu’ici,
l’histoire américaine d’une part, marquée par le puritanisme et l’héritage biblique, et la stricte réalité démographique d’autre part, commandaient de placer les juifs juste derrière les chrétiens,
ou sur le même plan qu’eux. Obama a transgressé cette règle, violé ce symbole, pour placer l’islam, de façon absolument arbitraire, au même niveau que le christianisme.
Dans son interview à Al-Arabiya, le président américain va plus loin. Non seulement il évoque longtemps ses origines musulmanes et son enfance dans un pays musulman, l’Indonésie, mais il se livre à
une seconde redéfinition de l’identité nationale américaine, en présentant les Etats-Unis comme « une nation de musulmans, de chrétiens et de juifs » - l’islam est désormais au premier rang – et en
affirmant qu’ils « ne sont pas l’ennemi des musulmans ».
Seuls les naïfs croiront que cette surenchère n’a d’autre but que de rassurer le monde musulman et de lui rendre la dignité que l’Occident lui aurait naguère ravie.
Depuis plusieurs mois, j’ai suivi le dossier – quasiment tabou en Amérique jusqu’à ce qu’il l’évoque lui-même – des relations qu’Obama entretient avec l’islam. Je tends à penser, en fonction des
éléments dont on dispose actuellement, qu’il n’est pas un crypto-musulman, mais qu’il est par ailleurs extrêmement soucieux, en homme né musulman et élevé dans l’islam, de justifier son adhésion, à
l’âge adulte, à une congrégation noire se réclamant du christianisme : ne serait-ce que parce qu’une telle conversion peut être considérée comme une apostasie par les musulmans, et entraîner une «
fatwa » d’assassinat de la part de musulmans intégristes.
Je pense également qu’Obama se croit apte, en raison de son profil, à engager un dialogue avec l’islam, que c’est la véritable raison pour laquelle il a placé les musulmans avant les juifs dans son
discours inaugural, puis avant les chrétiens dans son interview du 27 janvier, et que c’est le sens de ses propos quand il dit que « l’Amérique n’est pas l’ennemie de l’islam » : il sous-entend que
l’Amérique, sous l’administration d’un musulman de cœur, ou du moins d’un « vrai croyant », ce qui selon la théologie islamique revient au même, appartenait désormais au Dar al-Sulh, à la « Maison
de la Conciliation », cette zone grise, ouverte à la prédication musulmane, qui sépare le Dar al-Islam, « Maison de la Soumission », autrement dit le monde musulman, du Dar al-Harb, « Maison de la
Guerre », autrement dit le monde non-musulman.
D’une géopolitique contestable, Obama passe ainsi à une théopolitique risquée, narcissique, sans grand rapport avec les réalités américaines, mondiales ou même proche-orientales. Quelques heures à
peine après l’interview sur Al-Arabiya, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad intimait à son homologue américain, au cours d’un rassemblement de masse, de demander pardon pour les crimes que son
pays avait commis envers l’Iran – et de retirer immédiatement ses troupes des « terres musulmanes occupées ». Ce qui revenait à demander la seule preuve de bonne volonté crédible aux yeux des
jihadistes : la capitulation. Mais aussi à refermer sur Obama le piège où il s’était lui-même placé. Si Obama, après avoir revendiqué une identité musulmane, même partielle, combat des musulmans,
il devient réellement et sans équivoque un renégat, avec tout ce que cela implique.
© Michel Gurfinkiel & Hamodia, 2009
www.Michelgurfinkiel.com
Vendredi 27 février 2009
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08:24
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Sur ce ,
Amicalement
rose