PALESTINE • Le Hamas et le Fatah épinglés sur scène

Publié le par COURRIER INTERNATIONAL.com - AJAX

Le public d’un théâtre de Gaza est invité à juger les responsables des impasses actuelles. Et certains spectateurs sont très sévères…
Qui a tué Watan ?” crient une dizaine de jeunes sur la scène du Shawa, le plus grand théâtre de Gaza, en pointant des doigts accusateurs sur un groupe d’acteurs plus âgés qui agitent les drapeaux des mouvements de la résistance palestinienne, le Fatah, le Hamas, le Djihad islamique, les Brigades Ezzedine Al-Qassam [la branche armée du Hamas]… Ces drapeaux symbolisent les longues années de lutte, d’espoirs, de détresse et de sang. Mais, cette fois, rien d’officiel ni de festif ; il n’y avait pas d’appels contre l’“ennemi sioniste”, ni les habituels slogans contre Israël.
La pièce Watan a été écrite pour envoyer un nouveau message. “Ça suffit de rejeter la responsabilité de nos problèmes sur les Israéliens. Il est temps de condamner ceux d’entre nous qui sont en train de causer la perte de notre peuple”, lance le poète et metteur en scène Saed Swerky, 37 ans, auteur de la pièce qui a provoqué une énorme onde de choc parmi le million et demi d’habitants de Gaza.
Watan, qui signifie “patrie” en arabe, était le nom d’un garçon de 12 ans qui a été tué au cours des affrontements entre le Fatah et le Hamas qui ont éclaté dans la bande de Gaza durant la deuxième semaine de juin. La première de la pièce a eu lieu récemment. Des milliers de personnes sont restées rivées à leur siège pendant plus de deux heures, interrompant le spectacle par des applaudissements lors des scènes les plus dramatiques représentant la guerre civile : des prisonniers jetés du haut d’immeubles de 15 étages, des civils visés aux genoux, des militants du même camp en train de s’insulter. La pièce se termine dans l’incertitude. Les preuves contre les hommes armés sont évidentes, mais le rideau tombe avant que les jurés ne se soient prononcés.
“Je voulais que les spectateurs deviennent eux-mêmes juges. A la fin de la pièce, des enveloppes sont distribuées au public pour qu’il rende lui-même son verdict. Certains spectateurs, invoquant l’habituel argument de l’occupation israélienne, sont pour l’acquittement, mais la grande majorité rejettent la plupart des responsabilités sur les membres du Hamas et du Fatah, et disent que ce sont des criminels et des assassins qui n’ont pas de vision collective. Ce sont les véritables responsables de la mort de Watan. A cause d’eux, notre patrie est perdue. Quelqu’un a même proposé de les exécuter à La Mecque”, raconte le metteur en scène.
Ces réactions offrent un bon reflet de l’atmosphère qui règne dans la bande de Gaza. Trois mois après le coup d’Etat du Hamas, Gaza et la Cisjordanie sont deux mondes à part. Cela est particulièrement flagrant à l’heure où le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et les vétérans du Fatah réunis à Ramallah rivalisent avec les dirigeants du Hamas à Gaza pour organiser le pèlerinage palestinien à La Mecque, et au moment où la bataille pour le contrôle des médias électroniques fait rage.
Une visite d’une semaine suffit pour percevoir le désespoir qui règne à Gaza. Même les gens qui ont voté pour le Hamas en janvier 2006 ont l’air pessimistes, tristes, désorientés. Mais cela ne signifie pas nécessairement que le Fatah regagne en popularité. Selon une agence de presse de Gaza, “les gens en ont simplement assez de la politique. Certains espèrent même un retour de l’occupation israélienne pour sortir le Hamas de ses difficultés à conduire le gouvernement et pour avoir à nouveau un ennemi à incriminer.”
Lorenzo Cremonesi
Ha'Aretz

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